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La gestion des fichiers numériques de Hachette, toujours verrouillée

Antoine Oury - 30.07.2013

Edition - International - Hachette Book Group - DRM - partage de fichiers


Un an après l'ouverture d'une filiale à Hong-Kong, le groupe Hachette s'installe peu à peu en Asie en s'adaptant au marché local. Le directeur exécutif de Hachette UK, Tim Hely-Hutchinson, dévoile quelques lignes stratégiques dans une interview donnée au South China Morning Post : les opportunités ne manquent pas, tant en papier qu'en numérique, mais la politique de distribution des ebooks ne varie pas d'un iota, et repose principalement sur le verrouillage des fichiers.

 


Lock

lamdogjunkie, CC BY 2.0

 

 

Tim Hely-Hutchinson, passé par McDonald et spécialiste de la chick-lit, est l'un des éditeurs les plus en vue de ces dernières années : à la tête de Hachette UK, il gère d'une poigne de fer la filiale britannique de Hachette Livre, mise en place après le rachat du secteur édition de Time Warner. L'ouverture d'une filiale à Hong-Kong concrétisait bien entendu la volonté de « publier dans le monde entier » pour l'éditeur.

 

Le directeur exécutif met l'emphase sur la croissance du marché asiatique : d'après lui, le taux de croissance de l'édition dans ces pays est bien plus rapide qu'au Royaume-Uni, et les opportunités ne manquent pas. Par ailleurs, le marché numérique du royaume britannique, Commonwealth inclus, aurait été multiplié par 50, en valeur, entre 2009 et 2013, passant de 1 million £ à près de 50 millions £ en quelques années.

 

Un succès qui permet à Tim Hely-Hutchinson de réaffirmer la politique de Hachette en matière de livres numériques : « Nous militons pour l'application de DRM aux fichiers numériques, pour que tous les fichiers - ebooks, audiolivres - soient cryptés, tandis que nos contrats avec des acteurs comme Amazon rendent impossible le partage ou la location. » Une politique forte qui répond à celle de la maison, déjà proclamée par le PDG Arnaud Nourry au micro d'ActuaLitté, dès 2012, qui laissait toutefois la porte ouverte à un abandon dans le futur :

[L]a DRM sert à empêcher que l'on distribue des centaines de fois le fichier acheté. Le format ouvert permet une lecture libre sur tous types de supports. En France, on a une petite difficulté avec le piratage, ignorant que l'on n'a pas le droit de faire des copies librement, et à ce titre je crois que la DRM est nécessaire. Si dans cinq ans ou dix ans, la question est culturellement dépassée, on sera ravis d'enlever les DRM.

Tim Hely-Hutchinson, toutefois, reporte ce retrait aux calendes grecques : « Beaucoup de gens disent qu'il faut enlever les DRM, c'est dépassé, mais c'est faux. » La protection des auteurs est mise en avant par l'éditeur, qui se félicite du travail de veille sur les réseaux effectué par Attributor, la société chargée de repérer les fichiers frauduleux en circulation sur le Web, et d'envoyer un signalement à Google ainsi qu'aux autres opérateurs.

 

D'ici une dizaine d'années, prédit Tim Hely-Hutchinson, 50 % du chiffre d'affaires de Hachette proviendra des ventes numériques : peut-être le moment de retirer les verrous, alors...

 

L'interview complète est disponible sur le site du South China Morning Post. Aucune mention n'est faite de la filiale néo-zélandaise du groupe, fermée très récemment : parmi les raisons invoquées, on trouvait « le développement du livre numérique », et il aurait été intéressant d'en savoir plus...