La Grande-Bretagne pleurera bientôt la perte de ses bibliothèques

Cécile Mazin - 17.12.2015

Edition - Bibliothèques - bibliothèques Grande Bretagne - fréquentation services - usagers bénévoles


La baisse de fréquentation des bibliothèques britanniques s’est accentuée au cours de l’année qui s’achève. Depuis les coupes budgétaires qu’a décidées David Cameron, devenu premier ministre en 2010, une enquête montre que la chute de la fréquentation est évaluée à 14 %. Et dans le même temps, le financement a été réduit de 180 millions £, soit une diminution de 18 %.

 

Hammersmith Library - London

Hammersmith Library, Londres - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le Chartered Institute of Public Finance and Accountancy  (ou Cipfa pour les intimes) a présenté un bilan de la fréquentation annuelle des établissements de prêt en Grande-Bretagne. Ainsi, 106 bibliothèques ont fermé sur 2014-2015, soit un recul de 2,6 % passant de 4023 à 3917 espaces.

 

Le Pays de Galles est le plus frappé dans ce contexte, avec 11 % de bib perdues – de 308 à 2074. En Angleterre, on assiste à un recul de 3142 à 3076 établissements, soit une baisse de 2 %. En Écosse, la casse existe, mais plus limitée : 1 % de recul, soit 567 établissements contre 573, auparavant.

 

L’enquête n’amuse pas l’administration britannique, et un porte-parole du Département de la Culture, des Médias et du Sport pointe le fait que l’on enregistre encore 225 millions de visites. Et d’ajouter que des établissements ont malgré tout ouvert – que ce soit dans le sud de Londres – ou ont été rénovés. 

 

Pour le directeur du Cipfa, l’enquête annuelle montre un jour sombre. « Les mesures de réduction de coûts continuent de frapper des services non protégés et les gens utilisent moins les bibliothèques publiques. » Mais surtout, l’espoir est infime : non seulement le nombre de bénévoles a doublé au cours des cinq dernières années, mais il semble que les établissements ne survivent que par la grâce de cette bonne volonté.

 

En 2014-2015, le bénévolat a augmenté de 19 %, avec une diminution des employés de 4 %.

 

« Nous savons que les bibliothèques continuent d’être populaires, mais les gens attendent d’autres services de leur part. Voilà pourquoi le gouvernement a mis en place des actions pour les bibliothèques, afin de les aider dans l’amélioration de l’accès numérique ou du prêt d’ebooks », nuance, ou tente, le porte-parole. (via Guardian)

 

La présence du WiFi ou encore la mise à disposition de nouveaux équipements sont également brandies. Reste que les coupes budgétaires ne s’arrêtent pas, et que le financement est inégalement réparti. En Angleterre, il accuse globalement un recul de 3 %, mais grimpe à 9 % à Londres.  

 

À travers l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles, les établissements visités sont les suivants : 

 

Manchester Central, Manchester : 1.332.999 visites.

Norfolk et Norwich Millénaire, Norfolk : 1.173.809 visites.

Wembley, Brent : 1.169.735 visites.

Woolwich, Greenwich : 1.097.641 visites.

Jubilee Brighton, Brighton & Hove : 952.083 visites.

 

La mobilisation est avancée, la loi est brandie

 

Pourtant, les établissements et leurs personnels ne se sont pas résignés. Ils déplorent évidemment l’incapacité du Département de la Culture à agir, mais choisissent de prendre les choses en main. Ainsi, la Chartered Institute of Library and Information Professionals, y va franco, parlant de « manquement au devoir juridique ». C’est qu’une législation de 1964 stipule que le public a légalement le droit d’accéder à un service de bibliothèque de qualité... chose que les coupes budgétaires ne permettent plus vraiment. 

 

« Le gouvernement se comporte comme s’il n’avait pas une obligation, et il le fait, au mépris de la loi », clame Nick Poole, directeur général de la CILIP. Négligence, court-termisme, incompétence : toutes les observations défilent pour évoquer l’actuelle situation. Mais la CILIP entend bien contraindre le gouvernement à répondre devant la justice s’il le faut. (via Guardian)

 

« On ne peut pas continuer à dormir debout dans un contexte où nous avons perdu 10, 15 voire 20 % de nos services nationaux de bibliothèques », poursuit-il. C’est qu’en regard de l’actuel marasme, ce qui arrivera dans les 10 prochaines années commence à faire trembler. « Si nous ne réagissons pas maintenant, il sera trop tard. »

 

Tenir le gouvernement pour responsable de l’état de fait n’est pas une mince affaire. Pourtant, il faut reconnaître, estime Philip Jones, du Bookseller, que ce dernier a « toujours tourné le dos, alors que bibliothèque après bibliothèque, toutes étaient contraintes de fermer leurs portes, du fait des décisions de financement prises par le gouvernement ». 

 

Pendant ce temps, les messages officiels se veulent rassurants, et, surtout, tentent de calmer le jeu. « Les autorités locales ont l’obligation légale de fournir un service de bibliothèque complet et efficace, et nous avons le pouvoir de veiller à ce qu’elles se conforment aux lois », affirme une porte-parole du Département. Rassurant ?