Le prix unique du livre, inventé par Lang et Lindon ? Pas vraiment

Antoine Oury - 23.05.2014

Edition - Economie - prix unique du livre - loi Lang - exception culturelle


C'est une des pièces maîtresses de l'exception culturelle française, à égalité - ou pas - avec la loi sur la vente à distance des livres : la loi sur le prix unique du livre, adoptée en 1981, aurait sauvé le commerce de la librairie face aux grandes chaînes culturelles et aux supermarchés. Pourtant, l'histoire de la régulation autour du tarif des livres a commencé bien avant.

 


W.H.Smith, Stratford

(Beverley Goodwin, CC BY 2.0)

 

 

L'International Publishers Association (IPA) revient sur l'histoire des législations visant à réguler le prix de ce bien si particulier, le livre. L'occasion de se souvenir que le prix unique n'est pas un produit AOC français : dès le XIXe siècle, au Royaume-Uni, éditeurs et libraires convenaient d'un certain prix public recommandé pour les ouvrages.

 

En 1829, les éditeurs de la perfide Albion furent les premiers à obtenir gain de cause en mettant en place un prix unique, afin de... combattre les promotions parfois un peu trop tape-à-l'oeil des libraires. Cette première mesure fut suivie en 1900 du Net Book Agreement, signé par les libraires pour protéger les revenus de leurs collègues de taille réduite.

 

En 1991, la chaîne Dillons brisera cette entente et, décidant de ne pas se préoccuper de ses concurrents, réduira sans vergogne les prix de vente. Dans le même temps, son rival Waterstones emboîtera rapidement le pas. Bien évidemment, toutes les librairies du pays en souffriront...

 

Danemark et Allemagne suivront l'aventure du Netbook Agreement britannique, respectivement en 1837 et 1888. En Allemagne, se risquer à appliquer des remises valait en retour des sanctions de la part de l'Association des Libraires allemands...

 

Et il faut finalement attendre 1889 pour que le Cercle de la Librairie, alors puissant syndicat patronal français des industries du livre, communique des prix de vente recommandés aux revendeurs de livres. 

 

Certes, la première régulation des prix impulsée par un gouvernement vient bien de l'Hexagone, avec le décret Poiret de 1924. À la moitié du XXe siècle, on comptait plus d'une dizaine de pays dotés d'un système de régulation du prix du livre, souvent impulsé par les professionnels, et non par le gouvernement. Hongrie, Italie, Suède, Japon, Pays-Bas, Australie, Finlande, Irlande, Autriche...

 

Le plus déroutant, c'est que le Royaume-Uni est privé de prix unique depuis 1995, et que les libraires ne s'attendent pas vraiment à retrouver une situation semblable à 1829 : « Je crois que les dernières négociations sur le sujet ont eu lieu en 1998, et nous avons probablement manqué cette occasion, il n'y a eu aucune fixation de prix au Royaume-Uni depuis. Beaucoup de libraires aimeraient un prix fixe comme dans certains pays européens, mais je ne crois pas que cela arrivera dans le contexte économique actuel, il faut être réaliste », nous expliquait Tim Walker, président de la Booksellers Association.