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La Grove Library de Perth, 100 % verte mais pas encore mûre

Antoine Oury - 25.08.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques vertes - écolo bilan carbone - écologie émission des déchêts


La bibliothèque verte ne sera bientôt plus seulement le titre d'une collection : parallèlement au développement d'une « conscience écologique », les établissements publics incarnent la fonction de précurseurs en matière de réductions d'émissions. La Grove Library, à Perth, en Australie, a fait l'expérience d'une optimisation maximale, avec des résultats mitigés.

 

 

Copyright Luke Paganin. Plus de photos sur Flickr.

 

 

Les expérimentations écologiques ont été exécutées à la faveur d'une rénovation complète, mais également en raison de la situation géographique particulière de Perth. La ville est située sous le niveau de la mer, et s'est arrangée pour subvenir de manière autonome à la moitié de ses besoins en eau potable.

 

Les premières lignes du développement ont été tracées en 2002, en vue d'une rénovation massive de l'infrastructure de 1967. Les premières envies écologiques datent de 2005, et ont « fortement pesées » dans le choix du cabinet d'architectes un an plus tard, Cox Howlett & Bailey Woodland. Très vite, l'enthousiasme conduit les conducteurs du projet à l'intégration du maximum d'éléments « verts » possibles.

 

L'annonce d'une subvention de 1,5 million $ accordée par le gouvernement a soulagé tout le monde, d'autant plus que le coût du projet se solde à 18,4 millions $, dont 3,7 millions $ pour les éléments écologiques. Le chantier a ouvert en 2009, et s'est achevé en août 2010, avec une inauguration publique un mois plus tard.

 

Un plan écologique sans accroc ?

 

Rien ne se perd, tout se transforme : 80 % des matériaux issus de la démolition ont été récupérés, tandis que ceux utilisés pour la construction ont été choisis en fonction de différents facteurs - telles isolation, et conservation de la chaleur. Le système de climatisation a également fait l'objet d'une attention toute particulière, dans cette région parmi les plus chaudes du globe.

 

Au niveau de l'emplacement de la nouvelle bibliothèque, cette dernière est située à proximité d'une zone commerciale importante de la ville, afin de favoriser le trajet unique des usagers. L'établissement est considérablement desservi par les bus et les trains, et des équipements pour les vélos entourent la bibliothèque.

 

Au niveau de l'énergie, un système photovoltaïque a été mis en place pour pourvoir à 14 % des besoins de l'établissement, renforcé par une rangée d'éoliennes. La consommation d'eau est aussi maîtrisée, avec un système souterrain de récupération des eaux de pluie, en capacité de recueillir 250.000 litres de liquide.

 

Si l'établissement se classe encore aujourd'hui parmi les plus écologiques du monde, des imprévus ont considérablement alourdi les coûts : les éoliennes étaient placées trop bas, quand le système de réutilisation de l'eau du bâtiment s'est révélé inopérant. La bibliothèque est allée de malchance quand la société qui l'avait installée a fait faillite, rendant plus délicate encore la maintenance... 

 

De plus, le plan environnemental a parfois fait des vagues au sein des personnels : l'air conditionné en panne n'a pas vraiment eu bonne presse auprès des bibliothécaires eux-mêmes... « Il est souvent plus confortable d'être "à la pointe" que sur "le tranchant" de la technologie », résume par ailleurs Debra Burn, responsable du développement de la bibliothèque, au Congrès mondial des bibliothécaires de l'IFLA.

 

Les économies réalisées par le passage au vert n'ont pas été évaluées par l'établissement, peut-être parce que le court terme, voire le moyen terme, ne sera pas positif : l'ajustement de ces nouvelles technologies écologiques a coûté cher à l'administration. Toutefois, les visites dans la bibliothèque ont augmenté de 100 %, les inscriptions de 50 %, et les emprunts de 20 %.