Animation : "Aucun conflit n’oppose les auteurs des divers médias entre eux"

Nicolas Gary - 07.07.2015

Edition - Economie - guilde scénariste - auteurs animation - adaptation audiovisuel


Tout cela avait débuté avec une analyse bien provocatrice, fournie par la SACD, pour qui la création originale à la télévision était menacée. En effet, l’audiovisuel public était gentiment pointé, pour avoir privilégié les adaptations. « Une telle politique pénalise la rémunération des auteurs, puisqu’une part du droit d’auteur revient à l’auteur de l’œuvre originale », notait la SACD

 

Tout va bien, Mana Neyestani - Salon du Livre de Paris 2015

Tout va bien, Mana Neyestani (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Rapidement, le Syndicat national de l’édition et le SCELF avaient riposté, considérant que la posture de la Société était un brin « corporatiste », déplorant « une compagne de dénigrement de l’adaptation ». Les deux organisations montaient donc au créneau, décidé à défendre les auteurs de l’écrit, « qui ne sauraient accepter que leur situation soit ainsi délibérément fragilisée ».

 

La SACD ne l’entendait pas de cette oreille, et la bergère s’entendait susurrer de doux messages par son berger : 

 

La proportion d’adaptations sur le service public n’a cessé de croître ces dernières années, représentant même 75 % de l’animation diffusée par France Télévisions, là où les chaînes privées en particulier TF1 et M6 répartissent de manière assez égale leurs diffusions entre création originale et adaptation. Considère-t-on que la mission du service public, financée par de l’argent public, soit d’éviter toute prise de risques et de se focaliser quasi uniquement sur des succès de librairie ou des adaptations au détriment de nouvelles créations ?

 

Et de revenir à la charge sur l’actuel déséquilibre constaté, « qui va grandissant et qui minore la rémunération des auteurs d’animation et donc l’émergence de talents ». 

 

Quelques deux ou trois choses à rétablir...

 

Ce 6 juillet, c’est la Guilde des scénaristes qui se lance donc dans l’arène avec un communiqué appelant à « un plus juste équilibre entre création originale et adaptations ». Selon la Guilde, les messages jusqu’à lors diffusés par les uns, les autres et la presse, en « faisant croire à une rivalité entre auteurs du livre et auteurs de l’audiovisuel, ces dernières pervertissent une vérité que les scénaristes souhaitent rétablir ».

 

D’abord, les scénaristes n’ont « jamais cherché à spolier les auteurs des œuvres d’origine de leurs droits d’auteur, légitimement réclamés ». En revanche, ils souhaitent une rémunération juste et transparente de tous. « Ils ne se laisseront donc pas entraîner par les éditeurs dans un conflit artificiel avec leurs confrères et consœurs. » BIM. D’autant plus que les scénaristes sont souvent romanciers, auteurs de BD ou de livres jeunesse...

 

En revanche, le SNE et le SCELF, prompts à dégainer, « visiblement soucieux des revenus de leurs auteurs », sont plus qu’invités à « réviser leur propre politique de répartition avec ces derniers ». Dans le cas de contrat d’édition, les auteurs se voient en effet contraints de céder au moins 50 % des droits d’adaptation audiovisuels. Si la légitimité des scénaristes à se prononcer n’est donc pas à mettre en cause, celles des éditeurs « à toucher des droits alors qu’ils n’ont pas écrit une ligne est, elle, à questionner sans ambages ». 

 

Ils rappellent également que, depuis de nombreuses années, ce sont les scénaristes qui ont souffert d’une spoliation de leurs droits par les éditeurs. En effet, ceux-ci s’appropriaient indûment, à travers des accords avec certains producteurs TV, une part substantielle des droits de diffusion des scénaristes, droits dont le producteur n’avait pourtant pas la propriété. S’il refusait cette spoliation, le scénariste était congédié de la série. 

 

La deuxième contre-vérité consiste à attribuer aux organisations d’auteur une condamnation générale des adaptations. Or celles-ci n’ont fait qu’appeler à trouver la bonne combinaison entre licences et création originale. 

 

Constatant depuis quelques années l’explosion des projets de séries d’animation adaptés de matériaux existants, au point de constituer désormais une très large part des commandes des chaînes françaises, les scénaristes ont récemment appelé à un sursaut collectif afin de restaurer un plus juste équilibre entre les deux types de projets. 

 

Ils rappellent que la vitalité de notre filière animation, qui a fait de la France le troisième acteur à l’international après les États-Unis et le Japon, est aussi due à la valorisation de projets originaux, portés par une vision d’auteur forte. Un trop fort déséquilibre en faveur des adaptations est selon nous incompatible avec une politique culturelle fondée sur la diversité des imaginaires, et sur le renouvellement et la préservation des talents. 

 

Cela ne permet pas non plus d’entretenir l’énergie créative du secteur. Or le succès de séries telles que Les grandes grandes vacances, Les as de la jungle ou encore Oggy et les cafards a su faire la preuve de l’ambition des scénaristes français, qui ne demandent qu’à pouvoir exprimer leur propre créativité et développer leurs univers personnels. C’est cette dynamique d’innovation que le CNC doit accompagner, en accord avec ses missions de soutien à l’audiovisuel et de régulation du marché. 

Le feuilleton de l'été ne doit rien à une adaptation, mais s'annonce clairement passionnant. 


Pour approfondir

Editeur :
Genre : cinema
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782745930873

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