La Hongrie nationalise la production de manuels scolaires

Nicolas Gary - 19.12.2013

Edition - International - manuels scolaires - éditeurs - nationalisation


Déjà les éditeurs hongrois se griffent le visage, pleurant à chaudes larmes la nationalisation annoncée du secteur des manuels scolaires. En effet, le Parlement vient d'adopter une loi qui, à compter du 1er septembre 2014, imposera les documents pédagogiques créés et publiés par les bons soins du gouvernement. Les ouvrages seront en outre gratuitement distribués aux écoles primaires, apprend-on.

 

 

Parlamento de Hungría desde el Danubio 2

Sur le Danube, le Parlement hongrois, 

Carlos Jiménez Ruiz, CC BY ND 2.0

 

 

Le gouvernement du premier ministre, Viktor Orban, a justifié cette transition vers une dynamique de nationalisation, en dénonçant les immenses profits réalisés par les éditeurs privés, jusqu'à lors. Des chiffres d'affaires volumineux, liés à l'approvisionnement en manuels scolaires, et un état de grâce qui s'achèvera, alors que seuls deux livres seront disponibles pour les classes, et par sujet.

 

Péter László Zentai, directeur de l'association des éditeurs et des libraires de Hongrie s'est tourné vers l'International Publishers Association, pour se plaindre. Selon lui, et fort logiquement, « les éditeurs qui seront ainsi privés de leur secteur d'activité, se tourneront probablement vers la cour de Strasbourg. La triste chose, est que même si le tribunal se prononce en leur faveur, dans un délai de trois à quatre années, ils seront tous en faillite d'ici là ».

  

Dans un rapport daté de 2008; le Bureau international de l'édition française soulignait l'importance de la centralisation de l'édition hongroise, et pointait les augmentations des dépenses de l'État, consacrées au secteur.  

Tombée à 0,9 % en 1995, elle atteignait 1,4 % en 1999. En 2001, le Fonds national chargé de la distribution des subventions culturelles n'a consacré qu'un million d'euros à l'édition. Toutefois, un autre organisme public intervient aussi dans le secteur du livre : le Fonds consacré à l'édition de manuels et d'ouvrages universitaires, créé en 1995, est doté d'un budget annuel supérieur à 4 millions d'euros. 

Depuis 2005, le secteur du manuel scolaire s'est ouvert aux acteurs privés, par la privatisation l'éditeur national de livres scolaires Nemzeti Tankönyvkiadó. Depuis cette date, le Tankönyves Vállalkozók Országos Testülete - Corps des entrepreneurs du livre scolaire - est chargé de représenter les acteurs de ce segment. En 2006, 21 % de la production de livres sur le territoire concernait le secteur scolaire, soit 2541 ouvrages publiés.  

Les manuels d'apprentissage des langues étrangères sont produits directement par l'industrie privée et il existe une multitude de petits acteurs sur ce marché. En raison de changements dans les programmes scolaires, le nombre de publications dans ce secteur a beaucoup varié ces dernières années. Certains manuels doivent recevoir un agrément du ministère de l'Education ; ils sont ensuite choisis librement par les établissements scolaires.  

De son côté, Graham Taylor, président de l'IPA, prend fermement la défense des éditeurs scolaires hongrois. « Je n'ai jamais pensé que je verrais quelque chose de semblable en Europe. Les enseignants devraient être libres de choisir les manuels qu'ils utilisent avec leurs élèves, et non voir ces derniers imposés par des bureaucrates. »

 

via IPA