La Justice américaine veut détruire le monde du livre, estime Rushdie

Clément Solym - 12.03.2012

Edition - International - Salman Rushdie - ministère de la Justice - contrat d'agence


On se souvient sans peine du soutien apporté aux éditeurs (et indirectement, du grand merci à Apple), que Scott Turrow, secrétaire général de la Guilde des Auteurs américains a apporté la semaine passée. Ce dernier, trop heureux de pouvoir tacler Amazon, ne s'en était pas privé. 

 

« Amazon s'est servi du livre numérique à prix discount pour détruire la librairie, faisant en sorte que, pour les librairies de brique et de mortier, il soit impossible de rentabiliser l'ouverture de leurs portes », clamait le secrétaire général, dans une lettre adressée aux membres de la Guilde. (voir notre actualitté)

 

Mais outre-Manche, on est tout aussi sensibilisé au problème de cette plainte que le ministère de la Justice pourrait déposer contre les éditeurs américains, soupçonnés d'entente illégale avec Apple. Un accord entre eux qui aurait débouché sur l'augmentation du prix de vente des livres numériques, au détriment d'un acteur qui avait l'habitude de proposer les ebooks à 9,99 $, histoire de capter le plus de parts de marché possible...

 

Ainsi donc, l'homme des Versets sataniques s'en est pris assez violemment à la justice américaine, estimant, sur Twitter que cette dernière « veut détruire le monde des livres ». Nous l'avons souligné à plusieurs reprises : si le contrat d'agence qui lie les éditeurs à Apple venait à être remis en question, c'est toute la nouvelle économie mise en place depuis le lancement de l'iPad qui s'écroulerait. Et rendrait alors à Amazon sa position dominante, permise par la vente à des prix étonnement fracassés, et un écosystème lourdement propriétaire et fermé. Soit. 

 

 

 

« Quiconque pense que la tarification équitable, qui permet aux auteurs de gagner leur vie est une cabale, ou résulte d'un schéma d'entente est sous l'emprise profonde de Napsterisme - la croyance (favorisée par Napster dans le monde de la musique) qu'il est OK d'acquérir le travail des gens pour presque rien », fulmine ainsi le romancier indien. 

 

« La nouvelle orthodoxie, Je-devrais-avoir-tout-ce-que-je-veux-sans-payer-pour-cela est tout aussi mauvaise que l'ancien système. Ou pire », conclut Rushdie sur Twitter.

 

De son côté, le secrétaire de la Guilde, et accessoirement avocat, ainsi qu'auteur à succès, assurait n'avoir « aucun moyen de savoir si les éditeurs sont de mèche dans l'adoption du contrat d'agence, pour le prix de ebooks ». Tout ce que la Guilde peut avancer, c'est que cette connivence n'était pas nécessaire : pour tout éditeur sensé, l'offre d'Apple était forcément louable. Et n'importe qui « s'y serait accroché comme un radeau de sauvetage ». (via Guardian)

 

Parce qu'Amazon était passé en mode Gengis Khan : partout où son Kindle passait, les éditeurs ne repoussaient pas...

 

 

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