La justice désignera le propriétaire du manuscrit des Mémoires d'Outre-tombe

Camille Cornu - 10.12.2015

Edition - Justice - Manuscrit BNF - chateaubriand - justice Pascal Dufour


Suite à la vente aux enchères du manuscrit des Mémoires d’Outre-Tombe, le parquet de Paris avait ouvert une enquête, estimant cette vente illégale. Le prix en était estimé entre 400.000 et 500.000 euros. Le notaire à l’origine de cette mise en vente avait donc été poursuivi pour « abus de confiance aggravé », suite à l’acquisition du manuscrit par la BNF. 

 

 

 

Chateaubriand ne souhaitait parler que d’« outre-tombe », ne désirant pas que son autobiographie soit publiée de son vivant. Il possédait pourtant un important manuscrit, 3514 pages reliées, en dix tomes. Alors qu’il devait mourir en 1848, il remettait en 1847 le précieux document, rédigé sous la dictée par son secrétaire et signé de sa main, à deux notaires. Il leur demandait de conserver le manuscrit sous clé jusqu’à sa mort, moment où ses éditeurs, Delloye et Sala, auraient le droit de venir le récupérer.

 

Depuis sa publication, le manuscrit était resté dans le cabinet de ce même notaire, jusqu’à son descendant, Pascal Dufour. Il se considérait alors propriétaire du manuscrit, par une tradition familiale vieille de 165 ans... En 2013, il le mettait en vente, et peu après, la BNF avais acquis, de gré à gré, le fameux manuscrit.

 

Ayant pris connaissance de cette vente, le parquet de Paris ouvrait alors une enquête. Selon lui, le notaire n’était pas considéré comme le réel propriétaire du manuscrit, mais uniquement son dépositaire, ce qui ne lui donnait pas le droit de mettre l’objet en vente. La transaction était finalement annulée, et le manuscrit conservé sous scellé à la BNF. 

 

L’affaire était complexe : si la justice estimait que le notaire n’était pas propriétaire du manuscrit, elle était incapable de retrouver à qui il appartenait vraiment. Chateaubriand est effectivement mort veuf et sans enfant. Du côté des frères et sœurs de l’auteur, seul un s’était manifesté pour récupérer le manuscrit, sans toutefois souhaiter porter plainte contre le notaire à l’origine de la mise en vente. 

 

Le procès du notaire, Pascal Dufour, avait débuté en septembre, et le tribunal correctionnel de Paris se prononce aujourd’hui sur son sort. À l’audience, le procureur avait requis une amende de 25.000 euros à son encontre. L’avocat du  notaire, Maître Patrick Maisonneuve, avait quant à lui estimé que le manuscrit avait été « abandonné » en 1850 par son auteur, et mis en avant la « bonne foi » de son client. 

 

S’il est finalement reconnu propriétaire du manuscrit, Pascal Dufour, le notaire, a déclaré qu’il souhaitait en faire don à la BNF.