La Knesset sonne la fin du prix unique du livre en Israël

Nicolas Gary - 03.06.2016

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La loi portant sur la protection du prix du livre en Israël n’aura finalement vécu que trois années. Adoptée par la Knesset, l’Assemblée nationale israélienne, en août 2013, la législation vient d’être abrogée. Durant moins de deux ans et demi, en somme – elle était entrée en application en janvier 2014 –, la législation a exercé une influence sur le secteur, passablement contestée. La période d’essai n’a pas été concluante. 

 

The Knesset

isreltourism, CC BY 2.0

 

 

La Loi pour la protection du livre et des auteurs devait garantir au marché du livre une plus grande régularité, mais surtout ouvrir les portes d’un secteur sévèrement touché. « Nous assistions à des offres promotionnelles qui permettaient d’acheter trois livres pour 100 shekels [environ 23 $]. Mais cette année, en 2013, le libraire a fait plus fort encore, en proposant 4 livres, pour 100 shekels. Cela a fait définitivement prendre conscience que l’on assistait à une dévalorisation complète du livre », nous précisait à l’époque Roselyne Déry, attachée livre à l’ambassade de France d’Israël.

 

Abroger un texte déjà contesté

 

Face au duopole des deux chaînes de librairies, Steimatzky et Tzomet, qui détenaient 80 % du marché, le législateur devait agir. La situation était figée au point que les auteurs refusaient de proposer leurs manuscrits, redoutant la pratique courante de ces remises vues comme excessives. La chambre parlementaire avait réussi à adopter un texte, en dépit de multiples difficultés politiques – l’assemblée avait connu une dissolution un an plus tôt.

 

Mais le marché du livre en Israël ne se portait pas pour autant mieux. Un premier rapport de juin 2015 semblait indiquer que l’instauration de la loi de 2014 avait considérablement freiné les ventes de livres. Yoav Kish, de la Likoud (parti politique à tendance nationaliste), affirmait que « la législation a porté un coup sévère au marché du livre, créant une situation absurde, où l’intervention législative a frappé un marché concurrentiel et prospère ».  

 

Et ces témoignages se multiplient, au point que l’on assiste même, pour les nouveautés, à des diminutions de 40 à 60 % des ventes, et de 20 % sur l’ensemble des ouvrages en librairie.

 

La loi devait expirer automatiquement en février 2017, ou avant, si elle n’était pas renouvelée. La Knesset a finalement décidé de l’abroger, pour répondre aux difficultés du marché : fin août 2016, la loi sera définitivement enterrée. 

 

Dans son fonctionnement, elle établissait un prix de vente fixe, pour une période de 18 mois après la parution. À ce terme, les libraires étaient alors en mesure d’opérer des remises. Dans le même temps, elle introduisait un paiement minimum pour les auteurs. 

 

Impact raté sur le marché du livre israélien 

 

Selon les chiffres présentés au ministère de la Culture et du Sport, la loi aurait finalement abouti à réduire le marché, en nombre de livres vendus, et manqué son objectif. De même, les revenus des auteurs n’ont pas été améliorés : les primo écrivains ont même constaté une baisse de leurs ressources. A contrario, il semble que les éditeurs aient connu une légère amélioration économique, mais n’ont pour autant pas produit plus d’ouvrages. 

 

Le secteur le plus gravement impacté serait celui de la littérature jeunesse : on constate une diminution de la production de 21 %. « Cela laisse à penser que la préoccupation des éditeurs était de ne pas prendre de risques avec de nouveaux auteurs et qu’ils ont marqué une nette préférence pour les auteurs chevronnés et les best-sellers », indique le ministère dans son rapport

 

Si les achats de livres ont diminué, les conséquences pour le marché furent d’ailleurs immédiates : les rapports montrent que les ventes ont dégringolé dès l’entrée en vigueur de la loi. Ainsi, « il est non seulement inutile d’attendre la fin de l’ordonnance temporaire pour recueillir des données supplémentaires », pointe le ministère. Et surtout, prolonger la situation reviendrait à mettre en péril plus profondément l’économie du livre.

 

Miri Regev, actuelle ministre de la Culture et du Sport, a donc pris la responsabilité de mettre un terme à la législation. Ce qui restera comme l’un des plus importants échecs, c’est que la loi a malgré tout permis de redresser l’économie de petits éditeurs, ainsi que de librairies indépendantes. Et dans tous les cas, le duopole constitué par Steimatzky et Tzomet reste toujours aussi puissant. Et aucune forme de concurrence nouvelle n’a pu voir le jour durant la période où la loi s’est appliquée, indique-t-on. Un autre point à charge pour le texte.