La lettre du FBI à Martin Luther King : 'Ta fin est proche'

Antoine Oury - 14.11.2014

Edition - International - Martin Luther King FBI - lettre suicide assassinat - J. Edgar Hoover Black Panthers


C'est un document historique, et un rappel des méthodes mafieuses qui peuvent être celles des gouvernements : en novembre 1964, Martin Luther King reçoit une lettre anonyme, visiblement envoyée par un de ses anciens soutiens, lui suggérant de se suicider. L'auteur de la missive pointe les mœurs dissolues du leader noir, et le prévient quant à un attentat imminent, s'il ne se retire pas de toute action politique. La lettre avait été commanditée par le FBI, et King sera assassiné 4 ans plus tard.

 

 

 

 

Le document, inédit et sans précédent, a été découvert cet été par Beverly Gage, professeur d'Histoire à l'université de Yale, au cours d'une recherche au sein des Archives nationales du Maryland. Au moment de la réception du courrier, Luther King n'a pas vraiment de doute quant à son expéditeur : le FBI, et plus particulièrement son directeur, J. Edgar Hoover, lui a depuis longtemps fait sentir toute son animosité à son égard.

 

Le service gouvernemental surveille de près le leader politique, qu'il juge responsable du soulèvement des populations noires dans plusieurs régions des États-Unis. Si la marche sur Washington a fait de Martin Luther King un leader politique sans précédent dans la lutte pour les droits civiques, les autorités entendent bien ne pas laisser la mobilisation s'étendre. Le 7 mars 1965, une marche pacifique se termine en « Bloody Sunday » après la charge de la police et d'une partie de la population sur les manifestants.

 

Le FBI place Luther King sous surveillance rapprochée, et observe tout, y compris sa vie privée. La lettre anonyme évoque sans surprise les mœurs du leader, infidèle : « Tu ne peux pas croire en Dieu et agir comme tu le fais. Sans conteste, tu ne crois à aucun principe moral personnel », assure la missive, qui prévient le responsable politique : « King, il ne te reste qu'une chose à faire. Tu sais ce que c'est. Il te reste exactement 34 jours pour le faire. »

 

Si King était au fait de la crédibilité de la lettre, il n'en a pas moins pris au sérieux l'avertissement, et avait prévenu son entourage, dès 1964, d'une tentative d'assassinat possible sur sa personne. En 1968, il est assassiné, officiellement, par James Earl Ray, mais la thèse du complot gouvernemental est toujours vivace, et ravivée par cette lettre redécouverte.

 

Dès les années 1970, le comité du Sénat américain sur les excès de pouvoir des services du renseignement avait identifié la lettre comme émanant du Federal Bureau of Investigation.

 

Un texte publié dans le New York Times par Beverly Gage souligne les implications de cette révélation pour l'ère moderne : avec la surveillance de masse de la NSA, le gouvernement ne dispose-t-il pas de nouveaux moyens pour discréditer toute contestation ?