La liberté d'expression reléguée dans les geôles du Sultanat d'Oman

Clément Solym - 14.08.2012

Edition - International - Sultanat d'Oman - Droits de l'Homme - Liberté


Le Sultanat d'Oman n'échappe pas à la vague contestataire s'inscrivant dans le cadre du Printemps Arabe. La justice du gouvernement se trouve désormais sous le feu de la critique, suite à l'emprisonnement mercredi dernier d'une douzaine de manifestants. Ces faits interviennent deux jours après huit autres condamnations du même acabit. Amnesty international dénonce l'accusation de plus de vingt militants pacifistes. Les chefs d'inculpation invoqués par le gouvernement portent directement atteinte au droit fondamental d'exercice des libertés d'expression et de réunion. 

 

 

 

 

 

 

L'Oman fait partie des pétro-monarchies du Moyen-Orient, indépendante depuis le 18ème siècle bien que placée sous protectorat britannique entre 1891 et 1971. Le pays est située dans le Golfe, à la pointe du détroit d'Ormuz. L'actuel sultan Qabus bin Said Al Said dirige le pays depuis 1970, après avoir évincé son père et prédécesseur passé à la postérité comme un monarque despotique. Depuis le règne du fils, le sultanat a habitué l'opinion mondiale à une meilleure image, se plaçant notamment parmi les dix pays ayant connu les plus forts développements depuis les années 70. Le régnant a en outre libéralisé en surface les institutions politiques du régime, en permettant depuis 2003 l'élection démocratique de la chambre basse de son conseil. 


La première vague de protestation en 2011 avait permi au peuple d'obtenir la promesse de nouvelles réformes sociales et politique, mais celles-ci tardent à faire leur apparition.Le pays semble encore avoir du chemin à parcourir sur la voie de la démocratie et de la libre expression.


Mercredi au sein de la capitale Mascate, le tribunal a condamné 11 Omanis à des peines d'un an d'emprisonnement et des amendes de 200 rials. Ils sont accusés d'avoir manifesté pacifiquement, considérés avoir commis les crimes de lèse-majesté ou de cybercriminalité. Le douzième militant a écopé d'un an de prison pour avoir été déclaré coupable d'outrage envers le sultan. Le lundi, pour outrage également, les peines ont été prononcées avec des sanctions d'un an de détention assorti de 1000 rials d'amendes. Amnesty international considère ces Omanis comme des prisonniers d'opinion et réclame leur libération, tout comme Front Line Defenders.


Au cours des mois de mai et juin, de nombreux manifestants ont été interpellés : pour être descendus dans la rue, ou encore avoir utilisé internet et ses réseaux sociaux dans le but d'obtenir plus de libertés. Parmi eux se trouvent de nombreux écrivains et autres blogueurs dont les procès ont débuté récemment et s'étalent sur les semaines à venir. Les poètes Hamad al Kharousi et Abdullah al-'Arimi,  ainsi que l'écrivain Hamoud al-Rashidi, tous trois défenseurs des droits humains, font les frais de cette campagne de répression contre l'action citoyenne. Le premier cité a été arrêté pour avoir porté sur lui une pancarte critiquant les autorités, tandis que le second se voit reproché d'avoir écrit un poème s'attaquant au sultan.


Selon IFEX, l'Oman avait déjà confisqué des livres interdits lors d'un salon du livre en 2010, et inscrits sur liste noire certains de ses écrivains et journalistes. Le 4 juin 2012, le procureur avait notamment déploré : " la récente augmentation des écrits diffamatoires et des appels à sédition de la part de certaines personnes, sous le prétexte de la liberté d'expression ".

 

Hassiba Hadj Sahraoui, rattachée au Moyen-Orient pour Amnesty International, a déclaré : " L'Oman ne devrait pas avoir carte blanche pour fouler aux pieds les libertés fondamentales. La communauté internationale doit faire plus pour mettre fin à cette vague de répression. "