À Provins, un libraire s'estime victime politique de Christian Jacob

Nicolas Gary - 03.07.2015

Edition - Librairies - Seine Marne - Christian Jacob - député maire


Dans la IVe circonscription de Seine-et-Marne, Christian Jacob occupe le siège de député, et, dans ce rôle, s’est notablement illustré dans sa lutte pour le soutien aux libraires. C’est en effet à lui que Jean-Philippe Delvaux, propriétaire de la seine-et-marnaise librairie Delvaux (Provins), avait confié l’idée d’une loi pour empêcher Amazon de pratiquer la gratuité des frais de port. On sait ce qu’il en est advenu, mais l’intention restait louable.

 

Librairie Delvaux

Librairie Delvaux (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

Sauf que les amis d’hier peuvent devenir ces scrupules du lendemain. Cela a commencé avec la bibliothèque de Provins, qui, en février, annonce que, désormais, l’approvisionnement en livre s’effectuera à 100 km de la ville. Ce sera désormais l’affaire de la SFL, filiale de Fnac. Une annonce intervenue immédiatement après l’entrée en campagne, et qui privait l’établissement Delvaux d’une manne de 22.000 € annuels. « Mes demandes d’explication auprès du Maire et de son Directeur de Cabinet sont restées sans réponse », nous explique le libraire. « Mais je ne veux pas croire qu’un républicain comme lui tolère ce genre de pratique. »

 

Que s’était-il passé entre temps ? « Je ne vois pas grand-chose pour l’expliquer. Sinon que ma sœur s’est présentée aux dernières élections départementales sous les couleurs “divers gauche” en face du poulain et directeur de cabinet de Christian Jacob, Olivier Lavenka. » Pourtant Jean-Philippe Delvaux s’était appliqué, assure-t-il, « à rester neutre. D’ailleurs, ma sœur a perdu et a appelé au front républicain, l’UMP restant seul et ex æquo en face du FN... » Et le poulain fut élu.

 

Revanche électorale ? Le député s’en défendait dans les colonnes de La République. Si depuis février et mars 2015, plus aucune commande n’était passée, le député-maire s’étonnait que l’on puisse soupçonner une municipalité « qui l’a toujours soutenu, jusqu’à présent ». Et de souligner : « Nous l’avons mis en avant dans le jury du Prix Provins Moyen Âge que j’ai créé. J’ai défendu sa profession à l’Assemblée nationale contre la concurrence d’Amazon. Je ne comprends pas. En revanche, cette polémique entraînera très certainement une remise en question du partenariat que la mairie offrait à la librairie Delvaux. Le libraire ferait mieux de travailler et d’arrêter ses délires. »

 

On aurait pu croire que cela s’arrêterait là, mais depuis le 2 juillet, une moitié des écoles de la ville que la librairie fournissait depuis des années, est désormais envoyée à... Meaux, pour les achats de papeterie. « Ce sont les enseignants qui m’ont averti : à un mois des vacances, un appel d’offres a été lancé, dont nous n’avons pas du tout été tenus au courant. »

 

La commission doit statuer ce 3 juillet, quant aux candidatures. Au grand étonnement des enseignants, qui ont été avertis du nouveau choix du prestataire ce 2 juillet... « Ce sont quelques milliers d’euros de plus qui disparaissent, en toute légalité, soit en tout près de 30 à 40.000 € perdus pour la bibliothèque et les écoles. » L’avenir de l’établissement Delvaux se noircit, et surtout, le propriétaire est chiffonné : « Au mieux il faudra licencier, au pire, on déposera le bilan. »  

 

Et d’ajouter : « C’est un beau retournement de la part de celui qui présentait il y a deux ans la loi anti-Amazon et qui aujourd’hui fait tout pour faire fermer son libraire malgré les promesses de campagne. » 

 

 

 

Christian Jacob, qui n’était pas disponible pour répondre à nos demandes, rappelait dans un article de La République de Seine et Marne : « Au-delà de la survie des librairies indépendantes, c’est nos centres-villes que nous souhaitons préserver puisque ces libraires sont un moteur important qui amène les clients. »

 

Avec 65 km de distance séparant Meaux de Provins, on peut légitimement se demander si ce nouveau prestataire pourra répondre à des conditions de respect de normes environnementales et écologiques – qui figurent dans l’appel d’offres – s’interroge le libraire.

 

« Bien sûr, je reçois des soutiens de commerçants, sauf qu’un climat de peur et de crainte s’instaure. “Je pourrais avoir besoin d’un retour, à un moment ou un autre, alors je préfère me taire.”, m’explique-t-on souvent. On ne peut que constater une attitude hostile, et injustifiée, qui s’opère en toute légalité. Si l’on souhaitait que la librairie ferme, en toute discrétion, cela ne s’organiserait pas mieux. »

 

Peut-être que l’opposition à Provins, aura à redire de cet état de fait.

 

 

Mise à jour 4 juillet 11h : 

Association 1901, l'Office du tourisme de Provins, ville classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO, a contacté Jean-Philippe Delvaux, peu après la publication de notre article. Jusqu'à présent, le libraire disposait d'un emplacement de dépôt-vente pour des livres. Manifestement, cet emplacement, qui représentait de 10 à 15.000 € lui est désormais refusé.