La librairie francophone au coeur du Plan pour la diversité culturelle par le livre

Nicolas Gary - 28.11.2016

Edition - Librairies - Audrey Azoulay francophonie - librairie aides soutien - CNL AILF édition


DECRYPTAGE – Valoriser la librairie dans le monde francophone, le programme est ambitieux. C’est celui qu’Audrey Azoulay, en déplacement au Liban, a présenté lors du Salon du livre de Beyrouth. Retour sur un vaste projet de soutien qui se déploiera sur 2017 – année de la 8e édition des Jeux de la francophonie, qu’accueillera la Côte d’Ivoire. 

 

Crédit Ministère de la Culture

 

 

Depuis le printemps, différents déplacements de la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, ont permis d’aller à la rencontre d’acteurs francophones de la librairie, permettant d’ouvrir plusieurs discussions. Ce fut notamment le cas en Égypte, avec Agnès Debiage, actuellement vice-présidente de l’Association internationale des libraires francophones (AILF). Dans le même temps, plusieurs sujets furent également abordés avec les traducteurs. Beyrouth représentait alors une opportunité pour concrétiser l’ensemble des échanges alors en réflexion. « Un bon timing », résume la rue de Valois. 

 

Apporter une bouffée d'oxygène salutaire

 

D’autant que les deux grandes mesures annoncées en faveur des librairies francophones se déploieront à partir de janvier 2017 – que ce soit dans la création d’un fonds d’aide à la transmission ou des solutions de financement d’achats de stock. 

 

Les aides prévues répondent aux besoins exprimés par les libraires francophones dans un certain nombre de pays à travers le monde. « Le système bancaire ne simplifie pas l’accès au crédit. De même, le système d’aide pour l’achat de livres implique un remboursement total, avant de disposer d’une nouvelle aide pour réinvestir. » Donc de vendre la totalité du stock, est chose parfois impossible, et génère une situation d’étranglement voire d'asphyxie, évidemment nuisible.

 

L’aide à la reprise de librairies vise à «  créer un nouveau dispositif incluant le Centre national du livre et la Centrale de l’édition ». Bien entendu, les différences économiques ou de stabilité politique entre les États sont évidentes. « Il faut pourtant travailler à constituer une offre qui satisfasse les lecteurs francophones sur place. » Le tout s’inscrivant dans une démarche déjà entamée par le CNL, autour de la labellisation Librairie Francophone de Référence qui soutient « la présence du livre français à l’étranger en favorisant le développement d’un réseau de librairies de référence ». 

 

Rappel des critères généraux d’éligibilité

 

• être en activité et proposer des ouvrages en français depuis au moins 3 ans

• le siège social et les établissements concernés doivent être situés hors du territoire français

• sont concernées des librairies commercialisant uniquement du livre français ou des librairies internationales qui présentent une offre d’ouvrages en français 

  

Les financements apportés par ce fonds d’aide à la transmission pourront aller jusqu’à 150.000 € par établissement. 

 

Le CNL, élément majeur du dispositif

 

La question du budget de l’établissement faisait d’ailleurs l’objet d’une intervention de la ministre, ce 16 novembre à l’Assemblée nationale. Certes, le budget global d’intervention est en berne depuis plusieurs années et « cette diminution ne soit pas totalement corrigée par la réforme de l’assiette des taxes qui lui sont affectées », notait Marie-Georges Buffet. Audrey Azoulay, consciente du problème, émettait alors le souhait « que [s]es recettes [...] soient redynamisées, la situation actuelle n’étant pas satisfaisante ».

 

La diminution des recettes de taxe n’est cependant pas si préoccupante qu’on le croirait. Certes, il importe de réviser l’assiette de taxe, et les revenus apportés au Centre – une mission d’inspection générale et de réflexion doit évaluer en détail la situation. « La décroissance 2016 n’est pas aussi forte que le décrochage constaté les années précédentes. Il faut trouver d’autres vecteurs, c’est indéniable, pour redonner au CNL les moyens de ses missions. »

 

Toutefois, l’aide à la transmission ne sera pas seule assumée par le Centre. De même, l’enveloppe prévue n’est pas figée – d’autant que le parc de librairies n’est pas pharaonique, il ne concernerait que quelques dizaines d’établissements.

 

La traduction, l'Europe et un Grand Prix

 

Le volet relatif à la traduction du plan annoncé nécessite un travail de conviction à entreprendre auprès de la Commission européenne, afin d’envisager la possibilité de renforcer, dans les programmes de la Commission, le soutien à la traduction et à la mobilité des traducteurs dans l’espace méditerranéen.

 

“Le Français est la langue de la raison, de la liberté, de l'émancipation” (F. Hollande)

 

Il s’agira également d’encourager la professionnalisation des traducteurs des langues du bassin méditerranéen vers le français. À cette fin, le Centre national du Livre organisera en 2017 un séminaire de formation des traducteurs ciblé sur les pays francophones du bassin méditerranéen.

 

Quant à la création d’un prix destiné à récompenser une traduction, dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales, il faudra encore patienter. « La ministre y tient tout particulièrement », précise-t-on. Il s’agira d’une mise en lumière qui n’existait pas jusqu’à présent – un éclairage qui interviendrait toutefois lors du premier semestre prochain pour la première édition. « Les modalités sont encore à définir – que ce soit le jury, les critères d’éligibilité, etc. »