La librairie indépendante à la recherche de rentabilité pour 2013

Nicolas Gary - 29.01.2013

Edition - Librairies - Matthieu de Montchalin - librairie indépendante - voeux


Suite au conseil d'administration de janvier, le Syndicat de la librairie française a présenté ses voeux, cédant à la tradition. Matthieu de Montchalin a ainsi établi son bilan de l'année passée, en présence de Nicolas Georges, du ministère de la Culture et Vincent Montagne, président du SNE. Alors bonne année ? « 2012 ne restera pas comme l'une des plus mémorables de la décennie... » Il faut en tout cas espérer qu'on l'oubliera vite. 

 

 

 

 

L'action syndicale aura été forte en tout cas : avec une cinquantaine d'adhérents supplémentaires, ce sont près de 650 librairies que le SLF représente. Une reconnaissance du travail effectué, espère le président, mais également chez les partenaires de l'édition et les représentants ministériels. Au cours de cette année, il faut se souvenir des douze propositions formulées aux candidats à la présidentielle et reprises dans le rapport de Marc Sanson et Bruno Parent. 

 

2012 fut également l'année de l'annonce d'une baisse de la TVA, après l'augmentation instaurée dans le cadre du plan Fillon 2. Si la hausse présentait un risque pour la librairie, le président du SLF souligne combien le retour à un taux réduit « n'apporte paradoxalement pas de salut » à la librairie. 

 

Distributeurs, livraison en 2 jours...

 

Année également des discussions avec les diffuseurs, après les Assises de Lyon, alors qu'un certain nombre d'entre eux avait déjà annoncé les grandes lignes des mesures d'aide à la librairie. « Nous sommes parfois restés un peu sur notre faim en 2012, dans l'élan que nous pensions que ça allait donner. Et surtout, le SLF est obligé de constater que certains diffuseurs sont encore complètement absents des mesures en faveur de la librairie. » Une différence entre les groupes qui accompagnent et ceux qui peinent à prendre l'aspiration, sont autant de motifs d'inquiétudes pour le SLF.

 

La livraison en deux jours est une priorité « pas simplement pour embêter les responsables logistiques et distribution des grands groupes » : c'est aujourd'hui la meilleure arme pour résister à Amazon. Si pour 80 ou 90 % il est possible de garantir au client que l'ouvrage sera disponible sous deux jours, le client reste captif. Dans le cas contraire, « on le voit pianoter sur son portable, et réaliser la commande qu'il a fini de faire avant d'avoir quitté notre librairie ». Loin d'un objectif logistique, c'est avant tout une nécessité commerciale. Union Distribution sera salué pour son opérationnel, et le président d'inviter ceux qui « ont encore des efforts à faire à profiter de 2013 pour ne pas nous oublier ». 

 

2012, c'est aussi la convention collective qui entre en vigueur, et permet d'ouvrir d'autres sujets. Des textes restent désormais à adapter au secteur du livre.

 

2 % de rentabilité et autres missions

 

Mais tournons-nous vers l'avenir : 2013 sera l'annonce du plan pour la librairie, que la ministre de la Culture doit présenter à l'occasion du Salon du livre de Paris. L'objectif principal est d'améliorer la rentabilité des librairies de 2 %, pas de quoi faire de ces établissements des concurrents de groupes du CAC 40, mais au moins assez « pour continuer à investir, à grandir, gérer nos dettes et discuter avec nos banquiers sereinement ». Et comme, en deçà de cette rentabilité, le secteur est considéré comme à risque, les 2 % « guideront toutes les demandes et les réflexions du SLF ».

 

Au menu : les 5 % de remise, un fonds de subvention,  de nouvelles négociations avec les éditeurs. « Peu importe : ce qui compte, c'est que chacun ait en tête que la fin de ce moment qui sera très particulier [...] les uns et les autres puissent se dire, ‘On a profité de ce moment pour donner une marge de manoeuvre à la librairie, pour lui permettre d'affronter l‘avenir.'. » Une aide à la trésorerie est également envisagée; ainsi qu'une meilleure application du prix unique du livre, et particulièrement sur internet. Et ce, en évitant le plus possible les procès, qui sont coûteux et aux décisions incertaines : les usages ne se modifient d'ailleurs pas simplement par une décision favorable.

 

La gratuité des frais de ports sur internet sera également au rendez-vous de cette année...

 

Territorialité et internet

 

Le réseau et le métier sont à défendre en priorité, rappelle toutefois le président. « Nous ne voulons pas réduire notre problématique à une question économique. » Au travers de la librairie, c'est la lecture, la défense « de beaucoup d'éditeurs, de tous les éditeurs » et des auteurs. « Un nombre important d'auteurs est vendu dans le réseau des libraires », ajoute-t-il, et si le réseau souffre, les créateurs en seront également victimes. « Je ne crois pas un instant que ce soient les grands acteurs de l'internet qui prendront le relais. Un appauvrissement du réseau de la librairie entraînerait un appauvrissement des éditeurs et du tissu des auteurs. » 

 

La librairie représente également un espace territorial, un point de vente dans une petite ville, représente autant d'intérêt. La réponse pour cela doit être solidaire, en partageant et répartissant les efforts. « Aujourd'hui les libraires sont prêts à contribuer aux efforts que le plan librairie va impliquer. L'édition, assure le président du SLF, interpellant son homologue du SNE, doit suivre ce mouvement : la surproduction, la baisse des prix sont un cercle vicieux, qui peut mener à la catastrophe de nombreuses entreprises ».

 

En parallèle, le montage d'associations et le regroupement de différents réseaux de libraires locaux sont autant d'initiatives essentielles, pour mutualiser les coûts, certes, mais également communiquer plus efficacement. La constitution d'un Observatoire de la librairie devrait également servir à mieux appréhender le marché, les ventes et les évolutions, au niveau national. Le SLF devra également promouvoir le partage des expériences, en encourageant les libraires à échanger et s'aider les uns les autres.

 

En 2012, la librairie indépendante est parmi les modèles de l'économie physique du livre celle qui a le mieux résisté. « Je voudrais souligner la fragilité économique de la librairie, mais la solidité de son modèle commercial », conclura le président.