La librairie Lis Thés Ratures, victime d'un acte malveillant, menacée

Antoine Oury - 22.08.2017

Edition - Librairies - Lis Thés Ratures librairie - Lis Thés Ratures Roxane Yap - Lis Thés Ratures Boulogne-Billancourt


Roxane Yap s'est installée derrière le comptoir de sa librairie Lis Thés Ratures depuis quelques mois : dotée d'un espace de coworking, d'une salle de réunion et d'un salon de thé, son enseigne a fait le pari de la diversité des approches à Boulogne-Billancourt. Mais un acte malveillant commis au début du mois d'août menace de laisser l'avenir de son commerce exsangue. La clientèle, depuis, se mobilise activement.


Roxane Yap devant sa librairie Lis Thés Ratures (photographie de Laetitia Lamotte, via Facebook)
 

Ce sont les fidèles de la librairie qui ont ouvert une cagnotte sur le site Leetchi : près de 4000 € ont déjà été collectés, mais l'acte malveillant dont la librairie a été la victime coûte bien plus cher à l'enseigne et à la libraire. Ouverte le 31 janvier 2017, Lis Thés Ratures, à Boulogne-Billancourt, propose sur une surface de 125 m2 une librairie, un salon de thé, des espaces de coworking et une salle de réunion.

 

Côté librairie, Roxane Yap avoue un faible pour les genres polar et littératures de l'imaginaire, mais a choisi d'accorder une place particulièrement à la littérature afro, « qui n'est souvent pas assez mise en valeur, notamment par rapport à sa diversité : on trouve de la littérature afroaméricaine, afrocarribéenne, afropéenne, africaine... »

 

Rapidement, la clientèle venue du quartier se manifeste : « Il y a une vraie vie de quartier, ici », se réjouit la libraire, qui multiplie depuis l'ouverture les événements, dont des salons du livre mensuels, des débats ou des dédicaces. Les espaces de travail partagés trouvent aussi rapidement leur public, « dans un environnement en plein développement. De tels espaces sont trop chers à Paris, j'en ai moi-même fait l'expérience lorsque je préparais mon dossier, et la demande est donc à la hauteur », souligne Roxane Yap.

 

Peu après l'ouverture, toutefois, un premier écueil s'annonce : des vices cachés au sein du local investi par la libraire minent les premières semaines. « Démarrer une entreprise n'est pas évident, et les frais de création, la nécessité de se créer un stock et l'enveloppe plus importante pour les travaux ont lancé un effet boule de neige sur la trésorerie », explique la libraire.


Vandalisme et nuisances
 

Au début du mois d'août, un autre événement complique un peu plus la situation : une personne mal intentionnée bouche les canalisations du commerce avec des serviettes hygiéniques. La propriétaire de la librairie a depuis porté plainte. « Ce qui est étrange, c'est que mon confrère de la librairie et maison d'édition Anib’wé a eu affaire à des actes similaires, avec des modes opératoires proches », remarque Roxane Yap.

Excédé par plusieurs actes malveillants, le propriétaire de la librairie Anib'wé a d'ailleurs fermé son rideau cette année, pour se concentrer sur son activité d'éditeur.

 

Pour l'instant, aucun élément ne permet de comprendre les motifs de ces actes malveillants : jalousie d'un concurrent, racisme, bêtise ? Difficile à dire, mais les similitudes entre les agissements dans des lieux pourtant éloignés interpellent.

 

Quoi qu'il en soit, l'avenir de la librairie est « incertain », déclare Roxane Yap sans masquer son inquiétude. « J'ai dû fermer pendant plus de 10 jours au début du mois d'août, une période importante pour les achats de vacances comme de rentrée... »

 

Accompagnée par l'organisme Hauts-de-Seine Initiative, filiale de la société France Active qu'elle « recommande chaudement », Roxane Yap déplore à l'inverse un manque de soutien de la part de la municipalité, largement rattrapé par celui des habitants du quartier, « malheureusement mal considéré par le reste de la ville », et de sa clientèle, qui vient de Boulogne-Billancourt et de Paris et ses environs.




 

Aujourd'hui, Roxane Yap compte sur l'espace de travail partagé pour assurer la stabilité économique de son commerce, sans renoncer à son activité de libraire : « J'espère tenir la boutique jusqu'en janvier 2018, je m'interdis de céder avant. » Résolue, la libraire maintient en tout cas son programme très chargé d'événements : ce dimanche 27 août, concerts, dédicaces et vente de gâteaux sont prévus, toute l'après-midi et en soirée, tandis que le mois prochain sera consacré à la littérature.