La librairie Plein Ciel à Vitry cherche un repreneur

Camille Cornu - 26.11.2015

Edition - Librairies - librairie vitry - fermeture retraite - repreneur


Le libraire, Jean-Pierre Pouzol, connaît la librairie depuis qu'il est né : elle avait été créée en 1932 par son grand-père. Alors qu'il est retraité depuis avril dernier, il continue de venir travailler dans l'espoir de trouver un repreneur plutôt que de devoir déposer le bilan. Inquiet à l'idée qu'aucun libraire ne se présente, un des employés a lancé une pétition, dans l'espoir de faire réagir la municipalité quant à la fermeture de ce commerce. 

 

Washington, marzo 2015

(photo d'illustration, Paulo Slachevsky, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Bien que la librairie de 270m2 survive depuis plus de 80 ans, il est temps pour le gérant de prendre sa retraite. L'année dernière, l'autre librairie papeterie de la deuxième ville la plus peupée du Val-de-Marne avait dû fermer, suite à une mise en liquidation judiciaire. La troisième librairie de la ville, Tome 47, est à l'origine spécialisée en bande dessinée, mais se diversifie de plus en plus : « Pour une ville de plus de 80 000 habitants, ne plus avoir de librairie généraliste, ce n'est pas normal. On se diversifie parce qu'on ne se résout pas à cette situation », confiait son libraire au Parisien.

 

Jean-Pierre Pouzol semble peu préoccupé par la disparition des librairies dans cette ville, qu'il espère d'ailleurs quitter pour aller rejoindre sa famille dans le Nord. Dans l'espoir de limiter les pertes, il continue de venir travailler afin de ne pas fermer son commerce et de pouvoir le revendre. S'il continue à venir travailler « à perte », cela représente pourtant de moindres dégâts financiers comparés à un dépôt de bilan. 

 

Pour trouver un repreneur, le libraire est entré en contact avec trois agences de vente de fond de commerce, et attend désormais des offres. Aucune des propositions de rachat faites n'a pour l'instant pu aboutir. Le gérant continue pourtant de venir travailler afin de maintenir sa librairie ouverte : « C'est dans mon caractère d'être assez confiant », souligne-t-il, contacté par ActuaLitté.

 

Un salarié tente de mobiliser la ville

 

De crainte de se retrouver au chômage, un des employés est particulièrement mobilisé. Après une tentative avortée de reprendre le commerce avec les autres emloyés au sein d'une Scop (sociétés coopératives et participatives), il a lancé une pétition qui circule dans la ville de Vitry, et que l'on peut également signer sur internet. Il espère éviter que le droit-au-bail ne soit racheté pour un autre commerce que la librairie. Pour l'actuel propriétaire, la reprise du commerce par un autre libraire serait un plus, mais il avoue « pour moi, le premier qui vient avec un chèque prend les clés ».

 

De son côté, l'employé prévoit de présenter ses signatures à la Mairie, avant le prochain conseil municipal de 9 décembre et se veut particulièrement motivant : « Nous souhaitons  à l’avenir inviter des auteurs pour qu’ils viennent signer leur livre, organiser des réunions entre lecteurs pour recréer du lien, dans un quartier qui après 20 heures, ne vit plus. »

 

Le libraire confie n'avoir eu vent de cette réaction que par la presse, et ne pas spécialement bien le prendre : « Je ne prends pas ça très au sérieux, des signatures, qu'est-ce qu'on peut espérer derrière ? Pour moi, ça ne change rien, à part me donner envie de déposer le bilan plus vite, si on vient me déranger. »

 

La municipalité a pourtant réagi favorablement à cette pétition et aux inquiétudes des salariés, déclarant qu'elle ne souhaite pas cette fermeture et être prête à s'engager pour l'éviter. Face à cette déclaration, le libraire reste encore sceptique : « Ce ne sont que des paroles », confie-t-il, doutant de la marge d'action juridique que possède la Mairie.

 

Concernant les aides à la reprise, le département a pourtant proposé d'offrir un prêt à taux zéro à l'éventuel repreneur. Mais encore une fois, l'actuel propriétaire de la librairie est peu enthousiaste et reste pragmatique quant à la réalité de la reprise d'une librairie : « Il faut déjà des volontaires, des gens prêts à travailler soixante heures par semaine. »

 

(via 94.citoyens