La librairie Récréalivres, victime d'une fraude bancaire, passe au crowdfunding

Clément Solym - 15.09.2016

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Vilaine histoire pour la librairie Récréalivres, spécialisée jeunesse au Mans. Victime d’une arnaque, l’établissement est contraint de recourir au financement participatif... pour sauver les meubles. D’ores et déjà sauvée, elle n’en a pas moins frôlé la catastrophe.

 

Librairie Récréalivres

 

 

Récréalivres est un établissement manceau consciencieux : dans le cadre de l’opération La 25e heure du livre en octobre 2015, Récréalivres invitait différents auteur.e.s et illustrateurs/trices. Pour rembourser l'une d'entre elles, le libraire expédie un chèque de 100 €, pour la prise en charge des repas, qui... ne parviendra jamais à l'intéressée. 

 

« En décembre, j’apprends qu’elle n’a jamais reçu le chèque. Après vérifications, on a découvert qu’il avait été encaissé sous un compte avec une fausse identité – compte évidemment fermé et débité », nous explique le gérant, Gwendal Oules. D’un montant minime, le chèque se change en un débit de 6750 €, plus douloureux à encaisser – et plus encore à décaisser.

 

« Après le dépôt de plainte, la police comme la banque nous ont assuré que la prise en charge serait rapide. » En fait... non : la banque émettrice et la réceptrice ne parviennent pas à se mettre d’accord. Pour le libraire s’ensuivent six mois d’attente et de réclamations au terme desquels les deux organismes bancaires concluent en juin dernier... qu’aucun des deux n’est responsable. Moralité, les 6750 € sont bel et bien retirés du solde de la librairie. Gloups.

 

« Le vol et la falsification sont bel et bien reconnus, mais ils ne sont pas pris en charge au motif que la falsification est “indécelable”. » Un comble.

 

C’est que, comble de la stupidité, à moins que le voleur ne soit arrêté, la librairie ne reverra jamais le montant qu’on lui a saisi. « On a tenté tous les recours, le médiateur bancaire, l’UFC Que Choisir, et d’autres. On nous a répondu que cela ne dépendait que de la bonne volonté de la banque. Moralement, c’est nul, et pas professionnel de le prendre en charge... mais c’est possible. » 

 

Dernière solution, le financement participatif. La fête dédiée aux amoureux de la littérature se changeait en calvaire option chemin de croix – pour un chèque qui déboisait la trésorerie.

 

Le libraire se débite en tranches

 

Avec Ulule, Récréalivres a pu trouver une option lui laissant espérer des jours meilleurs et des cieux plus cléments. « C’est que les conditions bancaires ont régressé, m’a-t-on expliqué, et notre autorisation de découvert avec... »

 

Dans le même temps, Récréalivres a toujours connu des difficultés de trésorerie, reconnaît-il, sans pour autant se noyer sous les dettes, ou les impayés. Le chèque de 6750 € a cependant fait mal, et en l’absence de soutien du côté de la banque, le libraire était contraint à une solution d’urgence.

 

Avec près de 16.000 € récoltés, et 12 jours de campagne encore à venir, Récréalivres est sauvé : le montant nécessaire était de 10.000 € – incluant toutes les misères financières subies depuis le début de l’année, les frais divers et le montant indûment débité. Situation d’autant plus ubuesque que la librairie a bouclé sa 9e année d’existence avec une progression du chiffre d’affaires de 3 % – et une baisse de charges par ailleurs. 

 

« Cette année 2015/2016 aura été celle en particulier de l’arrivée d’une nouvelle associée (Laure), de l’obtention de l’important marché de la Bibliothèque départementale d’Eure et Loir et de la réalisation du beau projet du Musée Imaginaire de Gilles Bachelet. Une année dont nous pouvons être fiers tant nous nous sommes battus pour obtenir ces résultats », indique le libraire. 

 

Après le passage du premier palier de 10.000 €, un second de 25.000 € est tranquillement envisagé, « pour assainir la trésorerie et aller plus loin dans la stabilisation de la librairie ». 

 

 

 

Le crowdfunding et la librairie, une histoire d'amour ?

 

Et de préciser toutefois à ActuaLitté : « Le financement participatif, j’y allais à reculons, parce qu’il était difficile pour moi de demander de l’argent. Le premier recours, ça aurait dû être la banque. Et le fait que de nombreuses librairies passent par le crowdfunding, c’est un signe de dysfonctionnement de notre société – et du métier. D’un côté, une trésorerie toujours fragile, de l’autre des banques qui considèrent ce commerce comme risqué. »

 

D’ailleurs, ce principe de financement participatif ne fait pas l’unanimité. « Il faut encore que les gens se sentent responsables des commerces qu’ils veulent faire vivre, et qu’ils décident de prendre part à une action locale. Je ne suis pas certain que cette méthode puisse s’appliquer à tous les métiers en réalité : la librairie a un lien avec les clients qui est toujours spécifique. »

 

Outre les dons réalisés par la plateforme, Récréalivres a également perçu de versements directs – près de 2500 €. « On est sauvé, mais on poursuit cette opération, le 17 septembre, avec une journée spéciale, où l’on bouleverse un peu notre quotidien. »

 

Dans le cadre de sa campagne de soutien sur Ulule, Récréalivres organise une journée conviviale afin de continuer à communiquer sur la collecte, mais aussi pour remercier sa clientèle. Toutes les animations se feront « au chapeau ». Couvre-chef qui alimentera la cagnotte du Ulule.

 

Concours de selfies, heure de conte, ateliers de loisirs créatifs et jeux seront proposés au cours de la journée. 

 

La chance pourrait tourner après que le Canard enchaîné ait versé une larme dans sa mare à Couacs : le papier dans le Volatile pourrait-il débloquer un rendez-vous impossible à obtenir avec la responsable régionale de sa banque ? À canard vaillant, rien d’impossible.