La littérature adolescente, une passerelle vers l'âge adulte ?

Clément Solym - 17.08.2011

Edition - Société - adolescence - franchir - lecture


Le fantastique est-il l'apanage de la littérature adolescente ? Dans les librairies, d'ici comme d'ailleurs, et sous l'impulsion de Rowling, puis derrière elle, de Stephenie Meyer, ce genre littéraire est devenu la star.

Si la popularité de ces genres a grandi au fil des années, il faut se souvenir que la tendance est finalement assez récente. Meyer se défendait ainsi d'avoir mis quoi que ce soit dans ses ouvrages qui ne relèvent pas de la petite histoire gentille et simple. À quelques nuances près, surtout si l'on examine mieux le rapport au mariage et à l'engagement amoureux, évidemment.

Mais ce qui en ressort, c'est qu'en prenant appui sur le fantastique, les livres finalement, évoquent les questionnements des ados, et apporteraient des réponses simplifiant la transition inhérente à cette époque épineuse de l'existence.


Crédit Hugleikur Dagson, Et ça vous fait rire, paru chez Sonatine

 
Évidemment, dans le cas de Meyer, mis à part prêcher en faveur de l'abstinence avant le mariage, et faire miroiter un amour éthéré avec un prince charmant suceur de navet, difficile de croire que le livre puisse aider à passer le cap.

À la recherche du temps à venir

Mais dans le cas des romans pour jeunes adultes, qui découlent des romans à thèse dans les années 70, abordant des enjeux sociétaux, on se détache nettement, de par la dimension fantastique, d'une relation trop directe avec la réalité. Finalement, c'est toujours la mise en abîme que permettent les livres qui offrent des réponses.

Pour Laurie Halse Anderson, auteure officiant justement dans cette catégrorie, les romans ont besoin « d'être honnêtes pour mieux entrer en résonnance avec l'adolescent ». Et la découverte de situations proches de celles vécues par les lecteurs, et cependant tenues à distance par la fiction est peut-être plus efficace pour les ados.

"Papa, maman, en faisant cette chanson..."

Mais cette honnêteté, précise-t-elle, se doit également de parfois aller contre les valeurs de leurs parents, attendu que justement, les personnages peuvent avoir un comportement répréhensible, du point de vue d'un adulte. Si les parents souhaitent protéger leur progéniture des assauts de la vie, les livres ont pour vocation, bien au contraire, de les confronter avec un réel plus effrayant.

Ainsi, on voit bien que lorsque la communauté mormone interdit la lecture d'un Sherlock Holmes, justement pour protéger les jeunes lecteurs, ceux-ci sont les premiers à protester. (voir notre actualitté)

Lire avec, plutôt que d'interdire, pourrait alors créer la passerelle nécessaire entre l'enfant et ses parents. Accompagner est toujours plus profitable que de tenter d'interdire ou de contraindre.

Sans jamais oublier que la vie n'est pas dans les livres...