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La littérature au pays du bonheur national brut

Clément Solym - 25.05.2012

Edition - International - bhoutan - festival - littérature


Connu pour son indice de Bonheur national brut, le petit état  s'investit pour la troisième année consécutive dans la promotion d'une littérature propre. Pour cette troisième édition du Mountain Echoes Festival, le Bhoutan a réuni 70 auteurs et conférenciers du 20 au 24 mai. Dans l'ombre des grands rassemblements indiens, sri-lankais et pakistanais, la fête du livre bhoutanais parvient à devenir le petit festival qui monte. Et se paye même le luxe d'une webretransmission en continu. Difficilement pensable dans un pays qui ne comptait pas de vrais axes routiers avant 1960.

 

Grâce à l'ONG indo-bhoutanaise Siyahi, les deux pays ont pu réunir de grands noms de leur littérature respective autour de différentes tables rondes. Ainsi se seront succédé des auteurs sur la question du fameux bonheur à conserver à tout prix comme valeur, mais aussi Chencho Dorji, nominé pour le prix de Genève des droits de l'homme en psychiatrie de cette année, le prix pulitzer Kai Bird et encore Margherita Stancati chef de service actualités du Wall Street Journal

  

 (DR à l'ONG Siyahi)

 

Depuis 2010, le royaume organise à Thimphu, sa capitale, ce festival littéraire qui rappelle ses particularismes culturels. Événement littéraire, cette montagne d'échos célèbre une culture de l'écrit fortement marquée par son histoire. La littérature religieuse, principalement, qui puise dans ses liens avec le bouddhisme des lamaseries, religion d'État oblige. Mais aussi l'apport colossal des nations qui ont forgé son histoire. Ainsi parmi le classement des 10 principaux ouvrages du pays, trois sont à caractère religieux, trois autres sont des récits épiques, et deux autres des poésies et chansons.

 

À côté de la tradition bhoutanaise du conte oral, l'Inde participe activement au festival. Ancien grand frère de ce protectorat, le sous-continent indien domine le marché local, mais partage une influence dans les médias avec le Royaume-Uni. L'éducation y est faite en anglais, et les traces de la présence des colons perdurent avec l'apport de la télévision en 1999. Mais profite surtout du fait que les locuteurs de la langue nationale sont rares à la maîtriser à l'écrit. L'anglais y est donc l'idiome des lettrés et pour Karma Singye Dorji, auteur de Dreaming of Prayer flaggs, salué par la critique, « un accès » vers le monde.

 

Mais tous ne partagent pas cet avis et craignent d'un écrasement de l'ancienne langue coloniale sur le Dzongkha, proche du tibétain classique, et la myriade d'autres langues régionales.  Les discussions auront donc fortement porté sur le devenir de la culture ancestrale eu égard au phénomène de globalisation, présent également dans l'Himalaya.

 

Lutte linguistique mise à part, le petit royaume avance. Monarchie parlementaire depuis moins de dix ans, le Bhoutan et les ONG interrogent les étudiants sur l'enjeu d'une information fiable dans l'alphabétisation et le processus démocratique.