La littérature de merde a de l'avenir - et les prix tout autant

Clément Solym - 10.06.2010

Edition - Société - prix - litteraire - diluer


Le prix Orange vient d'en prendre pour son grade. Gentiment. Lionel Shriver a écrit sept romans et son huitième fut refusé par 30 éditeurs avant de parvenir à la reconnaissance du prix Orange de la fiction en 2005. Mais aujourd'hui, elle vient de tacler avec sévérité, mais justesse, toute cette industrie des prix.

« Plus vous octroyez de prix, plus ils perdent de leur sens. C'est une chose stupide d'avoir plus d'un vainqueur, ça dilue l'ensemble et signifie que personne ne gagne », explique-t-elle à The Independent. Avant de remporter son prix, Lionel se décrivait comme « une paria de l'édition. Je n'avais pas de poids ».

Cette année, c'est Barbara Kingsolver qui a remporté le prix Orange, lequel s'accompagne de presque 39.000 € de dotation.

Mais pour Lionel, tout cela s'apparente de plus en plus à une vaste fumisterie. La goutte d'eau qui fait déborder le vase, c'est l'instauration d'une nouvelle récompense, destinée à gratifier le "gagnant des gagnants", passant en revue les 15 dernières années de prix, tout en élisant la crème des auteurs primés. Une idée complètement stérile, estime-t-elle.

Et histoire de ne pas faire les choses à moitié, Lionel enchaîne dans son intervention sur la carrière même d'écrivain... « Ce serait totalement hypocrite de décourager les gens d'intégrer ma profession, alors que cela m'a réussi sur la fin, mais j'ai quelques hésitations à les encourager. Les chances sont contre vous. J'aimerais donner aux autres une idée claire des caprices de l'édition. »

Un métier difficile, certes, mais qu'elle regarde avec plus de suspicion encore, quand elle constate qu'une machine de guerre comme Bret Easton Ellis connaît un succès monstre, simplement parce qu'il a bénéficié d'un très gros soutien promotionnel de la part de son éditeur.

« Il y a beaucoup de livres qui finissent par se vendre et qui ne sont pas très bons. Je viens de lire le nouveau de Bret et c'est affreux, sauf qu'il y a eu une grande campagne publicitaire. » Et dans le même temps, elle déplore que des tas d'ouvrages plus méritants n'aient pas accès à cette reconnaissance.

La littérature imbécile a de l'avenir, en somme.

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