Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La littérature française ne se vend pas à l'étranger. Pas ? Hmm...

Nicolas Gary - 19.12.2013

Edition - International - roman français - traduction - vente à l'étranger


Il paraît que les livres français ne se vendent pas bien. C'est ce que prétendait un journaliste de la BBC : autant nos grands auteurs classiques sont bien connus du monde anglophones, Voltaire, Flaubert ou Proust... Mais les écrivains d'après Guerre, c'est une autre paire de manches. Car, si la culture littéraire n'est plus à démontrer, les ouvrages modernes ne se vendent pas. Nos auteurs seraient un brin élitistes, insulaires, ou trop intellectuels : des choses qui s'exporteraient mal. 

 

 

 

 

Bon, l'idée de la journaliste, que d'interroger Ono-dit-BIo, pour avoir un avis d'auteur contemporain n'est pas nécessairement une grande trouvaille, tant, justement, on préférerait que ce type de livre ne s'exporte pas, et reste dans le cercle germanopratin dont il n'aurait d'ailleurs pas dû sortir. Mais soit. C'est qu'il existe aussi, chez les éditeurs britanniques, un préjugé qui caricature tout ouvrage français : ça ne peut pas se travailler sur le marché du Royaume-Uni. 

 

Outre les questions philosophiques, des éléments de coûts, pour la traduction, interviennent. Bien que le Centre national du livre dispose d'aides à l'extraduction, pour inciter les éditeurs étrangers à choisir des livres français, une traduction n'est pas systématiquement financée par les deniers publics. A contrario, 45 romans sur 100 seraient des traductions de livres étrangers.

 

Et l'article de déplorer toute cette ironie : « Les Français ont inventé le roman social au XIXe siècle, mais après la Seconde Guerre mondiale, la tradition a disparu. Ils ont développé le Nouveau Roman... un roman d'idées - qui était délibérément difficile. » Et pas qu'un peu pénible, voire littéralement imbittable, ce fameux Nouveau Roman...

 

Ce n'est pas que les livres français ne s'exportent pas, mais la demande en oeuvres traduites au Royaume-Uni et aux États-Unis n'est pas au plus fort

 

 

Or, l'ambassade de France aux États-Unis s'est émue de cet article, et a réagi, pour tordre le cou à l'idée que les livres français ne se vendraient pas à l'étranger. Et voilà que la chasse aux clichés est lancée, chiffres à l'appui, pour tenter de vérifier si les propos de la journaliste sont justes, ou si interviewer Ono-dit-Bio était vraiment un exercice inutile...

 

Premier point, 1 % des romans publiés aux USA sont des traductions, avec 33 % des ouvrages qui sont issus des auteurs français. La langue est la plus traduite, devant l'allemand et l'espagnol et en 2012, la liste des 100 meilleurs titres du New York Times contenait deux titres français. « Ce n'est pas que les livres français ne s'exportent pas (en fait, ils le font très bien dans d'autres pays), mais la demande en oeuvres traduites au Royaume-Uni et aux États-Unis n'est pas au plus fort », précise-t-on. Ainsi, le best-seller de Katherine Pancol, Les yeux jaunes des crocodiles, a été traduit dans 29 langues avant d'intéresser le marché anglophone. 

 

Or, ce n'est pas sans ironie que l'on se souviendra de l'achat par Penguin du roman de Joël Dicker, pour un demi-million de dollars, auprès des éditions Bernard de Fallois. Et la tendance se constate : au cours des dernières années, le nombre de traduction a augmenté de près de 30 % au cours des dernières années. Entre 2012 et 2013, entre 300 et 350 traductions ont été publiées, et 62 étaient des romans français récents. Peu, très peu, bien entendu, mais pour le chinois, par exemple, ce sont 8 traductions, au total...

 

Et d'aligner les réussites : 60.000 exemplaires pour les Particules élémentaires de Houellebecq, Muriel Barbery, pour Une gourmandise et Sébastien Japrisot, Un long dimanche de fiançailles, ont dépassé 50.000 exemplaires. Gavalda, avec Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, Plateforme (de Houellebecq) ou HHhH de Laurent Binet, ont connu entre 20 et 40.000 exemplaires. De quoi montrer que tout ne va pas si mal, pour cette littérature française sur le territoire américain. Et la vente de livres dans le monde anglophone plus généralement...

 

« Alors que les cessions de droits étaient en hausse l'année dernière, elles baissent de 1,6% en 2012 et représentent 4,8% du chiffre d'affaires global. Toutefois, les cessions de droits de traduction à l'étranger ont progressé en volume », explique le Syndicat national de l'édition faisant référence à l'année 2012. Et d'ajouter : « La littérature jeunesse s'affirme également comme un segment porteur de l'édition française à l'étranger, c'est en effet la catégorie éditoriale pour laquelle les droits de traduction ont été les plus cédés cette année à l'étranger. »