La littérature moribonde du Pays de Galles coûte cher au contribuable

Clément Solym - 30.07.2012

Edition - International - Julian Ruck - Pays de Galles - contribuable


Julian Ruck, auteur gallois, vient de frapper très fort. Il réclame tout simplement que l'argent public destiné aux écrivains du pays soit redirigé vers les budgets de la Santé ou de l'Éducation. Mais que l'on cesse d'investir dans une littérature sous perfusion et un secteur qui ne se renouvelle ni ne se bonifie, trop assuré qu'il est des sommes versées par l'État. 

 

Ruck est sévère : les auteurs gallois et les maisons d'édition s'étouffent dans leur propre marasme. Depuis les années 50, le pays n'a pas connu un seul auteur qui dispose d'une envergure nationale - et moins encore, internationale. À l'occasion d'un discours prononcé ce dimanche, en inauguration d'un festival littéraire, Ruck a fait état de chiffres qui donnent le vertige. Près de 4 millions £ ont été distribués aux maisons d'édition et aux auteurs, au travers du Literature Wales et du Welsh Books Council, au cours des quatre dernières années. Une véritable honte, en regard de l'actuelle production. 

 

«Le secteur de l'édition gallois n'est rien de plus qu'un parasite, une escarboucle élitiste qui vit sur le dos d'un Pays de Galles en difficulté économiquement. Bien sûr, on n'obtiendra jamais les chiffres de ventes des choses qui ont du succès », assène-t-il sans ménagement.

 

Or, Ruck semble bien placé pour évoquer ces questions : le festival littéraire, il l'a financé sur des fonds privés ; de quoi lui permettre de poursuivre sa diatribe, avec plus de force. « Où sont les géants de l'écriture galloise ? Où sont les Seamus Heaneys ou les James Joyce ou même les Jeffrey Archers et les James Pattersons gallois ? » Pas même l'ombre d'un équivalent d'un 50 shades of grey en gestation dans le pays, déplore-t-il...

 

C'est que, les écrivains au ventre plein, n'ont plus à ciseler leur art, et les éditeurs n'ont plus sous la main les talents qui porteront haut les couleurs du pays. Les quatre grandes maisons du pays ont reçu, entre 2008 et 2012, plus de 2,9 millions £ de subventions et 1,4 million £ sur la même période, distribué aux écrivains. 

 

« Non seulement les écrivains gallois sont subventionnés, mais également les éditeurs. Donc, vous avez une situation où d'un côté, l'auteur reçoit un coup de main pour écrire son livre, et de l'autre, l'éditeur qui touche aussi pour le publier. Une sorte de double peine pour le contribuable, si vous préférez. »

 

Alors que dans le même temps, les malades atteints du cancer n'ont pas les médicaments, trop chers, pour se soigner. Les hôpitaux manquent de fauteuils roulants et les soins de qualité pour les personnes âgées font défaut. « Et pourtant l'Assemblée galloise estime qu'il est moralement juste que gaspiller des millions de livres pour quelques happy-few qui diffusent de la littérature galloise pour les rares qui sont intéressés », poursuit Ruck. 

 

Et de sonner le tocsin face à ces dépenses déplorables, considérant qu'il est plus que temps que l'on coupe ces mannes financières, pour qu'enfin, les auteurs se sortent les doigts de l'orifice où ils les ont planqués, et qu'ils servent alors à écrire de grandes choses. « Une bonne écriture sera toujours lue et se vendra toujours. Si votre travail a ces qualités essentielles, et vous n'avez pas besoin d'épuiser le contribuable avec ces financements. Qu'on arrête ça ! »

 

Le directeur du Welsh Books Council, Elwyn Jones, tente de rétorquer que partout dans le monde, la littérature et les arts sont financés. Et que le marché, dominé par les éditeurs britanniques et américains, montre tout de même une certaine santé des éditeurs, alors qu'un Booker Prize, un prix TS Eliot et un Prix Costa ont tout de même été remportés ces dernières années. Et qu'enrichir la culture galloise, cela n'a pas de prix... (via Wales Online)

 




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