La littérature sur le ring, 24 heures d'écriture dans le RER de Berlin

Antoine Oury - 06.02.2015

Edition - International - La Littérature sur le Ring - défi littéraire Berlin - 24 heures écriture Ringbahn


Demain, samedi 7 février, à 12h, le train de la Ringbahn, ligne qui embrasse la ville de Berlin, commencera son trajet autour de la capitale. Avec, à son bord, 9 auteurs francophones, allemands et italiens qui écriront pendant les 24 heures de voyage qui vont suivre. Le projet littéraire, intitulé « La littérature sur le Ring », se terminera le lendemain, avec des textes inédits.

 

 

Berlin - S-Bahnhof Sonnenallee - Ringbahn Linien S41 und S42

Sur le quai de la Ringbahn, à Berlin (Ingolf, CC BY-SA 2.0)

 

 

Inutile de souligner qu'ActuaLitté n'a pas été étonné de trouver associés au projet les noms de Nicolas Ancion et Neil Jomunsi : les deux auteurs sont rompus à ce type de défi littéraire. Rappelons que le premier a rédigé un ouvrage en 24h à New York, en 2013, et que le second a publié ici même une nouvelle par semaine pendant un an, pour le Projet Bradbury.

 

Contacté à Berlin, Nicolas Ancion revient sur la genèse de ce nouveau défi : « Quand j'étais à New York, Didier était déjà partenaire pour la publication du texte produit. Myriam Louviot, la directrice de la collection Mondes en VF consacrée aux littératures francophones, voulait organiser un défi similaire là où elle réside, Berlin. » Aventureux, l'auteur a voulu ajouter une difficulté supplémentaire.

 

Le Ringbahn s'est alors présenté comme le lieu de résidence parfait : cette ligne « qui sépare en quelque sorte le Berlin intra-muros du Grand Berlin » circule non-stop le week-end, permettant aux écrivains de monter à bord le temps de la rédaction.

 

Le défi rassemblera finalement 7 auteurs, 3 francophones (Amélie Vrla, Nicolas Ancion et Neil Jomunsi), 3 germanophones (Robert Klages, Nikita Afanasjew et Patrick WEH Weiland) et une italophone, Nicoletta Grillo. Tous monteront dans le train en même temps, et pourront ensuite disposer de leur délai de création comme ils l'entendent.

 

« Aucun sujet n'est imposé, et la forme est également libre : je me suis imposé d'écrire un roman en 24 heures, mais d'autres écriront une série de textes brefs », ajoute Nicolas Ancion. Comme pour le défi littéraire à New York de Nicolas Ancion, il sera possible de suivre l'évolution des textes sur plusieurs sites temporaires mis en place par l'association Le Zèbre sur la langue, organisatrice du défi.

 

Les auteurs pourront s'arrêter pour recharger leur batterie et celle de leurs ordinateurs dans deux « QG », le Caffè Monelli et un appartement privé. L'écriture sera donc interrompue quelques minutes, pour mieux repartir dans le train suivant.

 

Lost in translation

 

Nicolas Ancion, à Berlin depuis 3 jours, a déjà pu emprunter la fameuse Ringbahn : « Le train est en hauteur sur une bonne partie du trajet, et il permet vraiment de voir la limite qu'il trace entre les deux parties de la ville, un peu comme le tram parisien. » « Nous allons assister au changement de rythme entre le jour et la nuit, avec des passagers différents selon les heures », ajoute l'auteur, impatient.

 

Si l'écriture en résidence favorise le contact avec le public pendant la création, la configuration inédite du train en mouvement y ajoute quelque chose. « Les transports, c'est un des endroits où j'écris le mieux, car je n'ai pas de connexion. Là, évidemment, il y en aura une [pour la retransmission en direct, NdR], mais, casque sur les oreilles, j'écris souvent en déplacement, car je voyage beaucoup », explique Nicolas Ancion.

 

Le contact avec les voyageurs pourra survenir au gré du voyage : « D'expérience, les gens sont toujours extrêmement compréhensifs, et me ravitaillent parfois avec des fruits ou autres pendant mes défis. Le contact est très humain, les gens pensent à la fatigue, à la faim, à la soif, cela désacralise aussi l'image de l'écrivain. » Une équipe de la chaîne Arte accompagnera les auteurs pendant 8 heures, pour enregistrer quelques moments de ce défi.

 

Le défi a été organisé en partenariat avec Wallonie-Bruxelles et Raum B, librairie berlinoise où les auteurs se sont prêtés à des lectures publiques de leurs textes, « dans la tradition de Berlin, où l'on porte beaucoup son texte à la voix, dans les bars ou les cafés ».

 

Toutes les informations sur le projet sont à retrouver sur le site de La Littérature sur le Ring.