La loi Evin part en fumée devant les oeuvres culturelles

Clément Solym - 19.01.2011

Edition - Justice - evin - fumee - tabac


Inutile de chercher bien loin, la loi Évin du 10 janvier 1991 a fait des morts. Relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme, elle avait frappé plusieurs fois : Gainsbourg, Jacques Tati, Chirac possiblement, ou encore Malraux qui était menacé... la liste est longue. Eux-mêmes déjà mort, ce qui explique l'expression "Je vais te tuer jusqu'à ce que tu sois mort." Si !

Cependant, les députés de la commission des Affaires culturelles ont mis un terme à toute forme de polémique possible. La proposition de loi soutenue par Didier Mathus (de SRC, Socialistes, Radicaux et Citoyens) a ainsi été adoptée à l'unanimité. Cette dernière permet de « concilier les exigences de la loi votée le 10 janvier 1991 avec la protection de la culture ».

Explication : Tati était menacé de se faire casser la pipe, sous prétexte qu'il incitait à fumer, estimait-on, et que de ce fait, il tombait sous le coup de la loi Évin. De même, la sortie du film de Sfar, Gainsbourg, aurait contraint, par l'influence du Comité national contre le tabagisme, à ne pas permettre que l'on montre un portrait du chanteur avec un filet de fumée.

Didier Mathus avait lui-même plaidé contre cette bêtise ambiante, estimant que « cette censure sanitaire conduit à un révisionnisme insupportable touchant l'art et la culture ». Et plus encore : « Effacer une clope des lèvres de Malraux, c'est la même démarche intellectuelle que celle qui consiste à vouloir draper d'une étoffe un nu : c'est se priver d'une partie de l'histoire. C'est aussi le premier pas vers l'art officiel, l'art sous influence. » (notre actualitté)

Les députés, durant la discussion, on pointé plusieurs autres exemples - notamment le fameux retrait de la cigarette de Malraux, d'une photo de Gisèle Freund, qui avait été reprise pour un timbre par La Poste en 1996. Sartre avait aussi été frappé, en 2005, pour le centenaire de sa naissance, alors que l'affiche placardée sur le catalogue de la BnF gommait son clope.


Pour le socialiste Marcel Rogemont, ces « falsifications de l'histoire, la censure des oeuvres de l'esprit, la dénégation du réel (...) doivent rester la marque infamante des régimes totalitaires ». Et foin des arguments de l'UMP Jacques Grosperrin qui aura tenté, mais en vain de faire valoir une nécessaire position ferme de la part du ministère de la Santé.

Il est toutefois bon de rappeler un point essentiel
De fait, l’on impute souvent à la loi Évin plus qu’elle ne dit ni ne prescrit puisque ce texte ne s’oppose qu’aux seules représentations prosélytes du tabac dans l’espace public. La cour européenne des droits de l’homme vient d’ailleurs de le confirmer en se prononçant le 5 mars 2009 sur la conformité de la loi Évin à la Convention européenne des droits de l’Homme en général et à la liberté d’expression en particulier. (voir notre tribune)