La loi sur la lecture adoptée en Italie : un prix unique, enfin

Nicolas Gary - 06.02.2020

Edition - International - Italie prix unique - livre promotion lecture - loi lecture Italie


Des mois d’attente, un blocage au Sénat, mais finalement la législation est adoptée. La loi sur la lecture vient de recevoir l’approbation nécessaire pour que l’Italie se dote d’un outil de régulation du marché du livre. Elle signe la fin des remises qui perturbaient l’industrie — et mettaient à mal l’ensemble de la chaîne.


Librairie Feltrinelli Naples
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Le Palazzo Madama de Rome a résonné unanimement : la loi dite de promotion et de soutien à la lecture a été entérinée par la majorité des sénateurs présents. « Un pas en avant important. Nous travaillons désormais à une législation pour l’édition », indique le ministre de la Culture, Dario Franceschini. Et d’évoquer un modèle similaire à celui qui soutient depuis des années la production cinématographique.
 

Or, avec cette loi, bien des choses se profilent pour l’industrie du livre. 3,25 millions € de crédits d’impôt supplémentaires pour la librairie, la création d’une capitale italienne du livre, des campagnes de promotion dans les écoles — et le plafonnement à 5 % de la remise possible sur le prix de vente. Une approche qui vise à aider les acteurs indépendants, libraires comme éditeurs — et par conséquent les auteurs.
 

Capitale du livre


Ce projet de capitale italienne du livre s’incarnera par une subvention de 500.000 € accordée à la réalisation de projets littéraires dans l’une des villes du Bel Paese. Il a été monté à l’image du titre de capitale mondiale du livre, décerné chaque année par l’UNESCO. Or, depuis 2001 que l’ONG attribue cette récompense, Turin fut la seule ville d’Italie à en bénéficier, en 2006.
 

Le titre sera décerné chaque année, à compter de 2020, en s’appuyant, pour élire la cité, sur les dossiers de candidatures qui seront remis.

 

La remise plafonnée


Pour Paolo Ambrosini, président de l’association des libraires italiens, la loi « représente une étape importante […], un renversement de la tendance en regard de ce qui s’est fait ces dernières années pour la promotion de la lecture. Cela ne peut pas passer par la seule remise ».
 

À ce jour, la législation autorisait 15 % de rabais, maximum, dont seules quelques chaînes de librairies — ou bien entendu Amazon Italie — appliquaient avec méthode. Or, elle avait pour conséquence invisible d’augmenter le prix de vente public, afin de compenser cette perte… Le passage à 5 % ne fait pas disparaitre totalement la concurrence, mais limitera les dégâts.
 

D’autant que les établissements peuvent procéder à des promotions, une fois par an, de 15 % — une action commerciale que seuls les éditeurs peuvent maîtriser aujourd’hui. Ces derniers bénéficieront d’une capacité de remise maximale revue de 20 à 25 %. Enfin, les livres scolaires restent à 15 % de remise.
 

Crédit d’impôt et label pour libraires


À ce jour, le crédit accordé aux libraires passe donc à 3,25 millions €. Il pourra être utilisé par tous les revendeurs, y compris dans les boutiques spécialisées — et même chez les bouquinistes et libraires d’occasion.
 

L’autre volet pour les libraires sera la création d’un label de qualité, réservé là aux détaillants qui vendent à travers une boutique physique. Pour l’obtenir, quelques critères à remplir : diversité de l’offre, initiatives et promotion culturelles, au niveau territorial.

 

Famille et territoires


Si l’Italie dispose déjà d’un Bonus Cultura (dont s’est inspiré le Pass Culture en France), la loi introduit une Carta della cultura. Le Bonus est attribué aux jeunes qui fêtent leurs 18 ans dans l’année, avec une cagnotte de 500 €. La Carta sera dotée de 100 €, destinée aux familles défavorisées et utilisable sur une période d’un an, pour le strict achat de livres (y compris audiolivres et ebooks).
 

En parallèle, un programme accompagné d’un million d'euros sera mis en place pour former le personnel des écoles, pour muscler les bibliothèques scolaires. Il s’agit là de renforcer le lien avec la lecture, tout en conférant aux établissements une responsabilité pédagogique.
 

Enfin, des pactes locaux de lecture prévoient des interventions ciblées dans différentes régions. Encourager les projets littéraires, les initiatives et les activités de promotion de la lecture sera au cœur de cette action.

Le Mibact, ministère pour les Biens et Activités culturels, doit adopter, tous les trois ans, un Plan d’action national pour la promotion de la lecture, financé à la hauteur de 4,350 millions € chaque année. Ce dernier sera élaboré avec le Centro per il Libro e la Lettura et les acteurs locaux.
 

L’association italienne des éditeurs a immédiatement réagi : depuis les premiers temps opposée à cette législation, l’AIE estime que les conséquences économiques seront lourdes. « Avec cette loi, les lecteurs seront perdants », estime le président, Ricardo Franco Levi.

 

En imposant une réduction des remises, l’AIE considère que le coût pour les familles italiennes sera de 75 millions €, avec 2000 emplois menacés dans l’industrie. « Ce n’est pas ce dont le monde du livre, première industrie culturelle du pays, a besoin dans un moment délicat de consolidation de la croissance », poursuit-il.

Sur l’année 2019, l’industrie italienne enregistre une croissance de 4,9 % en valeur et 3,4 % en volume, avec un chiffre d’affaires global des éditeurs de 1,493 milliard €. Un véritable souffle nouveau, après une dizaine d'années de traversée du désert.




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