La mairie de Paris renonce à retirer les livres de l'éditeur Thierry Magnier

Nicolas Gary - 09.11.2016

Edition - Société - censure Thierry Magnier - mairie Paris enfants - lecture dictionnaire scolarité


Tout avait débuté en octobre, quand la maison Thierry Magnier prend connaissance d’un mail interne des Affaires sociales de Paris. Deux ouvrages de l’éditeur sont pointés du doigt et déconseillés, par prudence. On les éloignera sagement des enfants, dans le doute. Et enfin, l’histoire semble s’achever. 

 

 

 

« Dans le cadre de la livraison de tous les espaces lecture d’ouvrages supplémentaires en cette rentrée, deux ouvrages comportant des vignettes qui peuvent choquer de jeunes enfants ou leurs parents nous amènent à vous demander de rappeler en CASPE », indiquait les services de la mairie début octobre. 

 

Des remontées d’équipes avaient en effet inquiété les responsables des services de la mairie et conduit à ce rappel. Les livres Beta Civilisation de Jens Harder et Le Dictionnaire fou du corps de Katy Couprie devenaient libri non grati...

 

La CGT avait, quelque temps plus tard, dénoncé cette attitude : « Nous rappelons qu’avant d’être publiés et répertoriés en littérature jeunesse, les ouvrages sont soumis à l’approbation d’une commission qui vérifie que l’œuvre est bien conforme à la loi. Celle-ci définit légalement les contours éditoriaux du champ de la littérature pour la jeunesse en langue française. Cette autorité gouvernementale en a permis la publication et la diffusion. »

 

Mais voici que Virginie Darpheuille, directrice des Affaires scolaires, est intervenue auprès de l’ensemble des responsables de la CASPE. Une prise de parole manifestement décisive, alors que les ouvrages avaient été une seconde fois mis à l’index, cette fois avec la demande d’une mise sous clef. 

 

L’éditeur, sollicité par ActuaLitté, était épuisé : « C’est aux animateurs de savoir ce qu’ils souhaitent faire désormais. Moi, je voulais simplement avertir du danger qu’il y a à pratiquer quelque censure que ce soit. Mais si après le rappel, les livres doivent être maintenus sous clef, je ne sais plus quoi penser. Et après, quoi ? La prochaine fois, ils vont les brûler ? »  

 

Pas de rappel systématique

 

Dans son courrier, la directrice rappelle avoir été saisie par un certain nombre de responsables. Sa décision, « a reposé sur l’appréciation de l’adéquation entre certains contenus de ces livres et l’âge des enfants que nous accueillons dans les espaces premiers livres, pour les maternelles, et BCD des écoles pour les élémentaires, et aucunement sur la qualité des ouvrages, incontestable par ailleurs ». 

 

Le retrait des livres, ainsi que nous l’avait confirmé la CASPE, concernait donc les espaces premiers livres ainsi que les Bibliothèques Centre de Documentation des écoles. Il « s’accompagnait, dans le même temps, d’une recherche d’autres lieux de mise à disposition de ces ouvrages », souligne Viriginie Darpheuille.

 

Or, parmi les personnels de la DASCO, la demande de retrait « a suscité des réactions de nature très différente, du partage du bien-fondé de la décision à sa contestation », indique-t-elle. « J’ai bien sûr été sensible aux interrogations qui me sont remontées, et soucieuse de ne pas laisser à penser que le professionnalisme des agents accueillant les enfants dans les espaces dédiés à la lecture pouvait être en cause, puisque tel n’est évidemment pas le cas. »

 

Et de rappeler que la demande de retrait a suscité une levée de boucliers de la part des professionnels du livre – et pour cause...

 

Et Anne Hidalgo est toujours invitée à s'exprimer

 

« Pour ne pas opposer les divergences d’appréciation entre les professionnels qui souhaitent travailler à partir de ces ouvrages et ceux qui ne le souhaitent pas, les responsables des espaces premiers livres ou de BCD pourront décider d’utiliser ces ouvrages ou de les ré-adresser à la CASPE (ils seront bien évidemment mis à disposition dans d’autres lieux), et il n’y aura donc pas de rappel systématique », continue la directrice.

 

Et de conclure : « Un travail va par ailleurs être mis en place, qui associera les animateurs concernés, pour déterminer, pour l’an prochain, des modalités de choix des ouvrages qui correspondent aux souhaits et besoins de chaque école. »

 

L’affaire n’est cependant pas encore achevée : « Nous attendons toujours une réponse officielle de la part d’Anne Hidalgo », indique l’éditeur à ActuaLitté. Et ce, depuis le début de ce marasme – au point que le Syndicat national de l'édition avait été sollicité pour intervenir.

 

C'est qu'en se projetant, c’est la force silencieuse de l’autocensure que Thierry Magnier venait à craindre. « Les auteurs finiront par ne pas aller au bout de leurs projets. Et je refuse que l’on en arrive là : en France, il ne peut pas être question d’accepter la moindre censure. Ou alors, on ferme le Louvre, on refuse aux enfants la lecture du Larousse médical, on leur interdit l’accès aux librairies. »