Une fenêtre sur le théâtre de l’Europe de l’Est

Claire Darfeuille - 08.06.2015

Edition - International - littérature étrangère - théâtre - Maison Europe Orient


La Maison d’Europe et d’Orient poursuit son travail de diffusion des œuvres théâtrales contemporaines de l’Europe de l’Est. À l’affiche du 9 au 20 juin, la pièce Cernodrinski revient à la maison du macédonien Goran Stefanovski, peu après le passage du géorgien Lasha Boughadzé pour une lecture de son texte La maman de Poutine publié par la maison éditions du lieu L’espace d’un instant.

 

 

« Le livre qui rassemble trois trois pièces de Lasha Boughadzé vient à peine d’être livré par l’imprimeur », se réjouit Dominique Dolmieu en recevant l’auteur dont une lecture de La maman de Poutine était donnée à l’occasion de la Nuit de la littérature au couvent des Récollets à Paris. Dans ce récit, une grand-mère géorgienne s’adresse, sous la forme d’un long monologue, à son fils, Vladimir Poutine. Elle le voit dans ses rêves, il lui dit : « Maman, je suis devenu chef, je viendrai te voir pendant les vacances », la protège de loin : c’est parce que les soldats russes stationnés dans la forêt de câpriers savent qui elle est qu’ils la laissent traverser la frontière.

 

L’histoire vraie de la mère de Poutine

 

« Je me suis inspiré d’une histoire vraie. Cette grand-mère qui dit être la mère de Poutine existe, elle se nomme Véra Poutina. Celui-ci n’a jamais confirmé, ni démenti », raconte l’auteur qui évoque comme autre source d’inspiration une photo largement reprise dans la presse et sur le net. Une autre grand-mère, ukrainienne celle-ci. Sur le cliché, la vieille femme « semble si douce », précise-t-il, elle est assise avec une pancarte sur laquelle on peut lire : « Poutine, rentre avec ton armée et tue tout le monde ». L’anecdote provoque rires et sursaut d’effroi. Lasha Boughadzé évoque alors le contexte qui a précédé l’écriture de la pièce. Il rappelle notamment le conflit russo-géorgien de 2008 qui a valu à la Géorgie la perte d’un tiers de son territoire. « Ça peut encore arriver », assure-t-il.

 

« La maman de Poutine a été traduite et lue à Moscou au Treatr.doc, mais n’a pas été publiée en Russie… Peut-être en changeant le titre », s’amuse Lasha Boughadzé avant de dénoncer la violente répression subie par ce groupe d’artistes, animé par la dramaturge Elena Gremina, encore récemment expulsé pour empêcher la représentation de leur dernière pièce The Bolotnaya Square Case (voir l'article de The Moscow Times)

 

Le public géorgien friand de théâtre contemporain

 

Principal représentant du nouveau théâtre géorgien, Lasha Boughadzé témoigne de l’engouement du public géorgien pour l’art dramatique : « Les gens vont beaucoup au théâtre, et il y a plus de spectateurs pour les pièces contemporaines que pour les classiques. »

 

« Les spectateurs français ne sont pas aussi progressifs que les Géorgiens », remarque de son côté Dominique Dolmieu qui invite à venir découvrir la dernière création du Théâtre national de Syldavie Cernodrinski revient à la maison de Goran Stefanovski sur son compatriote, Vojdan Černodrinski, l’un des fondateurs de la dramaturgie et du théâtre macédoniens. Avec les beaux jours, le meilleur moyen de se rendre en Syldavie est d’emprunter la coulée verte sur le viaduc des Arts jusqu’au petit passage Hennel (12e) qui abrite la Maison d’Europe et d’Orient. 

 

La pièce sera à l’affiche jusqu’au 20 juin, du mardi au samedi à 20 h 30, et la librairie de la Maison d’Europe et d’Orient reste ouverte durant les manifestations. L’occasion de découvrir la littérature du Monténégro, de l’Ossétie ou du Daguestan et les nombreux textes, souvent traduits pour la première fois en français, publiés par la maison, L’espace d’un instant.

 

Maison d'Europe et d'Orient