Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La Maison d'Europe et d'Orient en grève, silence des pouvoirs publics

Antoine Oury - 28.06.2013

Edition - Librairies - Maison d'Europe et d'Orient - baisse budget - librairie maison d'édition


Pour les "habitants" de la Maison de l'Europe et de l'Orient, c'est clairement une « menace de fermeture » qui pèse sur l'établissement. Toute l'équipe s'est d'ailleurs mobilisée vendredi soir, pour un mouvement de grève exceptionnel qui fait suite à des baisses répétées de budget, ainsi qu'à un manque de soutien des pouvoirs publics, selon la MEO.

 

 

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La vitrine de la MEO, lecture d'extraits des Monologues de Gaza (14 juin 2013) et vidéo-conférence avec l'une des Pussy Riot (Ekaterina Samoutsevitch), dans le cadre de la soirée Libertés (janvier 2013), © MEO

 

 

« La situation s'aggrave d'année en année » commence directement Hélène Laurain, chargée de communication de la Maison d'Europe et d'Orient, « puisque notre budget est passé de 358.000 € en 2009 à 233.000 € cette année ». Des coupes qui n'ont été justifiées que par le seul contexte économique, sans autres explications.

 

Deux questions ont été déposées à l'attention d'Aurélie Filippetti, une du député UMP Thierry Mariani, l'autre par Geneviève Gosselin-Fleury (socialiste, républicain et citoyen). Une autre question écrite, adressée au ministre délégué auprès de la ministre de l'égalité des territoires et du logement, chargé de la ville, François Lamy, à nouveau par Thierry Mariani.

 

Pas de réponse pour le moment, donc, mais beaucoup d'attentes du côté de la MEO : « Notre travail n'est pas seulement de l'ordre de la diffusion, mais aussi de l'édition, du soutien à la traduction. Nous représentons des pays, des langues qui ne bénéficient pas d'une publicité importante, autant d'arguments pour continuer notre activité. » La Maison d'Europe et d'Orient regroupe actuellement une directrice, un artiste associé, Dominique Dolmieu, et 3 employés. Deux ans auparavant, l'équipe se chiffrait encore à 7 personnes, mais des réductions d'effectifs ont été opérées entre temps.

 

Attirer l'attention, dernière solution

 

Comme le rappelle le député Mariani dans ses questions, la Maison d'Europe et d'Orient regroupe « une librairie, un centre de ressources (bibliothèque Christiane-Montécot), un réseau européen de traduction théâtrale (Eurodram), une maison d'édition (l'Espace d'un instant), une compagnie (Théâtre national de Syldavie) et un espace polyvalent (bunker Andreï Malroff-Dejan Vilarski) ».

 

Fait notable, la librairie s'est mise en grève vendredi soir, « pour attirer l'attention des médias et des pouvoirs publics », notamment suite à sa demande du label « Scène conventionnée pour les écritures ». Sur sa propre situation, bien sûr, mais également celles d'institutions amies comme l'ACSE, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances. Étaient présents ce soir-là bon nombre d'artistes proches de la MEO dont Sedef Ecer, auteure franco-turque qui mène un projet transmédia à la MEO.

 

En attendant les réponses aux questions écrites, le mois de juillet verra tomber plusieurs décisions relatives aux subventions accordées à l'établissement, notamment par la Ville de Paris, le Département des Affaires internationales du ministère, ou la région Île-de-France. « Sans solution rapide, avec le non-paiement des charges sociales et du loyer depuis le début de l'année, l'échéance du bail en septembre, le Tribunal de Grande Instance sera saisi », confie Dominique Dolmieu, artiste associé. 

 

Par ailleurs, la maison d'édition de la MEO a toujours 4 ouvrages dans les cartons, en instance de publication, mais a dû cesser la signature de tout nouveau contrat. ActuaLitté a contacté les différentes instances politiques impliquées dans le budget de fonctionnement de la MEO, et mettra cet article à jour en conséquence.