La maison de Paul Eluard mal garée, promise à la destruction

Nicolas Gary - 11.08.2014

Edition - Société - Paul Eluard - maire UMP - Bâtiments France


Depuis le début du mois de juillet, la maison du poète Paul Eluard, située à Saint-Brice, est condamnée. La mairie, UMP, a décidé que le bâtiment serait détruit, quand bien même il porterait une charge littéraire autant qu'historique fameuse. Le problème est que la restauration d'un lieu passablement envahi par les mauvaises herbes coûterait bien trop cher. Ah, la culture...

 

 

 

 

Max Ernest, le peintre, mais également toute la foule des auteurs surréalistes, se sont succédés dans ces lieux. Et ils apprécieraient certainement l'ironie d'apprendre que la maison laissera la place à un parking. Selon Alain Lorand, maire de Saint-Brice, la commune n'a pas les moyens de pratiquer une réhabilitation de l'endroit. Alors que le parking servirait mieux les intérêts économiques de la ville.

 

Pourtant, la grogne s'est fait entendre : Les amis du vieux Saint-Brice, association locale, a dénoncé un mensonge politique. En novembre 2013, le maire sortant promettait à l'organisation que la maison de Paul Eluard resterait. Le parking était déjà envisagé, mais la maison ne serait « nullement affectée par les travaux », promettait le maire. Depuis plus d'une dizaine d'années, il était en effet question de la transformer en maison dédiée au tourisme local, ou encore en lieu de vie culturelle. Et l'on attendait alors que l'architecte des Bâtiments de France se prononce sur la question. 

 

Depuis, le parking a été ouvert, rue de l'Église, pour apporter «  une bouffée d'oxygène en terme de stationnements dans le centre-ville ».  

Ce nouvel équipement résulte de la combinaison du parking existant et de l'extension opérée sur le terrain acheté par la Ville auprès du ministère de la Justice. Il offre une capacité de 120 places de stationnement, véritable nécessité dans un secteur situé à proximité du centre-ville, avec deux places prévues pour la recharge de véhicules électriques.

Une heure de stationnement sera offerte, mais la suivante sera payante, pour ne pas inciter aux stationnements abusifs. 

 

120 places pour voitures, contre une maison en ruine

 

L'idée de faire un musée de ce lieu avait pourtant suivi son cours dans la ville du Val-d'Oise. Une plaque commémorative avait été apposée sur la façade :

 

« Maison Paul Éluard. Monsieur Alain Lorand, maire de Saint-Brice-sous-Forêt et son équipe ont le plaisir de vous informer que cette maison sera rénovée et deviendra la Maison du patrimoine. »

 

La transformation en parking ne rayerait certainement pas l'existence du poète. En effet, le parking serait rebaptisé du nom de l'écrivain. La présidente de l'association, Monique Borde-Germain, s'en serait étranglée. Attendu que l'endroit est placé dans une zone entrant sous la protection des Bâtiments de France, elle est d'ores et déjà protégée. Cependant, n'étant pas classé au patrimoine, le lieu n'a pas plus de sécurité que cela. 

 

Il est vrai qu'à voir l'état de la bâtisse, on a peine à croire qu'elle put accueillir Aragon, Crevel, Breton Soupaults et tant d'autres. Et sur place, les habitants rappellent que Paul Eluard s'est bien arrêté dans la ville, mais pas pour y demeurer assez longtemps pour que l'on investisse des centaines de milliers d'euros dans la rénovation. Le maire souligne par ailleurs que la population de sa ville, de 15.000 âmes, a été multipliée par trois ces dernières années ; et ce sont les habitants qui ont réclamé la destruction de la maison, précisait-il. 

 

 

Grupo surrealista.

Arturo Aguilera, CC BY NC SA 2.0

Le groupe des surréalistes

 

 

Pourtant, fin juillet, les Bâtiments de France apportaient leur soutien à la maison. Ce dernier estime que « ce projet de démolition qui serait un grand préjudice et une perte pour le patrimoine historique de Saint-Brice-sous-Forêt », dans un courrier adressé à la présidente de l'association. La carte à jouer, c'est que la maison est située non loin de deux édifices de la ville, qui sont eux classés au Patrimoine. Aussi l'ABF doit-il se prononcer favorablement, pour que la destruction soit autorisée. 

 

Une pétition, un architecte et un maire : trio poétique ?

 

Ce 10 août, une pétition a été lancée, attirant l'attention de plusieurs acteurs :  Ministère de la Culture et de la Communication, STAP du Val d'Oise, DRAC d'Île-de-France, mairie de Saint-Brice-sous-Forêt.

Le 24 juin dernier, quelques jours avant qu'Arnaga, la demeure d'Edmond Rostand à Cambo-les-Bains reçoive (le 7 juillet 2014) le label "Maisons des Illustres" accordé par le ministère de la Culture et de la Communication, la municipalité de Saint-Brice-sous-Forêt (Val d'Oise) a décidé de la démolition de la maison du poète Paul Eluard, sise sur le territoire de sa commune.

Y a-t-il deux poids deux mesures ? Eluard ne vaut-il pas Rostand ? Une municipalité peut-elle décider de la destruction d'un monument historique et culturel de premier plan, même s'il n'a aucune valeur architecturale au motif qu'elle "n'a pas les moyens budgétaires de la rénover, les finances étant déjà atteintes par la rénovation de la façade de l'église, elle même menacée, et la réforme des rythmes scolaires..."

Cette maison, acquise par la mairie en 1991, a été un véritable laboratoire du surréalisme, ayant accueilli, entre autres, André Breton, Louis Aragon ou Max Ernst.

Le projet de la municipalité de Saint-Brice-sous-Forêt de donner le nom de Paul Eluard à une place, en guise de compensation, relève lui aussi du surréalisme voire de la farce.

Se peut-il qu'en France une commune de 15.000 habitants n'ait pas les moyens financiers, techniques et humains de réhabiliter un bâtiment de 50 m², de l'entretenir, d'en faire un lieu culturel, un musée dédié au poète, une bibliothèque même ? Difficile à croire. 

Dans tous les cas, et en l'absence de l'accord de l'ABF, la ville ne pourra que lancer une procédure en justice pour obtenir le droit de démolir les lieux. Alain Lorand, la semaine passée, assurait qu'il était disposé à lancer les recours nécessaires pour en finir avec ces lieux. « Je veux me débarrasser de ce 49-mètres-carrés tout rouillé, tout moche et vraiment dégueulasse », explique-t-il, cité par l'AFP. Quant à l'ABF, le maire dégainait tout de go : « Ce n'est pas lui qui paye. »

 

Mais c'est peut-être lui qui décide...