La marche des créateurs, au Salon du livre de Paris : un événement historique

Nicolas Gary - 21.03.2015

Edition - Société - marche auteurs - Salon livre Paris - mouvement social


« On avait peur, mais en voyant la mobilisation, je suis plus que satisfait de la portée de ce mouvement. » Il sourit, Geoffroy Pelletier, directeur de la Société des Gens de Lettres. Grâce au concours des vigiles du Salon du livre de Paris, la marche des auteurs s'est bien déroulée. Une large place leur a été faite pour qu'aucune allée ne puisse échapper au slogan : « Pas d'auteurs, pas de livres. »

 

 

 

 

 « Il y a la fusion de la Maison des Artistes avec l'Agessa, le droit d'auteur, que l'Europe souhaite et s'applique manifestement à émietter... Et en tout premier lieu, la précarité des auteurs, illustrateurs, dessinateurs, écrivains : c'est l'essence même du slogan que nous avons choisi. Sans auteurs, plus de livres. Si les créateurs ne peuvent vivre de leurs œuvres, cela conduira à la fin d'un pan culturel. Ce rassemblent collectif sera une première dans l'industrie du livre, et le Salon donnera l'occasion de porter le message le plus loin possible », nous précisaient les organisations, quelques jours avant le début du Salon du livre. Il y aurait une marche, et elle serait forte.

 

Cela n'a pas manqué. 

 

Le Conseil Pemanent des Écrivains, accompagné de toutes les associations, syndicats et sociétés représentants les auteurs, avaient lancé une lettre ouverte, désormais signée par plus de 1740 personnes, au moment où Valentine Goby, présidente du CPE, prononçait son discours. Un moment de pause, après une marche largement suivie : « Nous sommes plus de 10.000, selon les organisateurs : la police n'a pas de chiffre, elle n'était pas invitée à venir compter », plaisante justement... l'un des organisateurs.

 

Plusieurs centaines d'auteurs – et d'autres, venus, par solidarité, grossir les rangs – se sont retrouvées pour un grand parcours du Salon. « Ils sont auteurs, mais ils n'ont trouvé qu'un seul slogan », ironise gentiment un passant. 

 

C'est que le mouvement a regroupé, dès son lancement, le président du Syndicat national de l'édition, qui se fit offrir pour l'occasion un des fameux badges : « Je ne vois pas comment je pourrais être contre un tel badge », glisse-t-il avec un sourire à ActuaLitté. Vincent Monadé, président du Centre National du livre, rejoindra même les marcheurs pour clamer avec eux : « C'est primordial de les soutenir, bien entendu ! »

 

Juste avant le coup de départ, Francis Lalanne s'est joint aux auteurs – nous y reviendrons – ainsi que Guy Bedos. Il passera, lui aussi souriant, mais ne répondra pas à l'appel des marcheurs, bien décidés. 

 

 

 

 

Rappelons que les revendications portées par ce mouvement social s'inscrivent dans un contexte bien plus large : depuis plus d'un an maintenant, les auteurs ont choisi de se faire entendre. Tout est parti de la réforme de la retraite, pour se concrétiser avec des choses tout aussi pragmatiques. La faiblesse des revenus, l'inquiétude concernant les réformes sociales, et la fragilisation du droit d'auteur en Europe étaient les moteurs de cette action. 

 


  

Mais les constats amers ne manquent pas : « En 2015, les 2/3 des auteurs de livres perçoivent pour l'édition imprimée, moins de 10 % de droits d'auteurs sur le prix public de vente des livres. Pire : un auteur sur cinq est rémunéré à un taux inférieur à 5 %, en particulier en littérature pour la jeunesse. Ni salarié, ni travailleur indépendant, l'auteur qui ne dispose d'aucun outil de contrôle à l'égard de la maison d'édition est souvent rémunéré plusieurs années après avoir commencé à écrire ne perçoit ses droits qu'une fois pas an et reçoit sur l'œuvre qu'il a créée, la part la plus maigre de toute la chaîne éditoriale » (relire l'intégralité du discours, en exclusivité sur ActuaLitté)