Fermer une bibliothèque, c'est tabou ?

Nicolas Gary - 12.06.2015

Edition - Bibliothèques - Levallois Perret - Patrick Balkany - femerture bibliothèque


« La fermeture de la médiathèque Péri sera effective le 30 juin. » L’information diffusée abruptement sur le Facebook de l’établissement a quelque chose d’étonnant. Surtout que le site officiel des médiathèques de la ville ne communique aucun élément. Si l’information circule logiquement sur les réseaux sociaux, l’annonce d’une pareille nouvelle échauffe les esprits. 

 

mediathèque gabriel Peri Levallois Perret

 

 

Bien entendu, il y a une pétition – il faut toujours une pétition. Mais la médiathèque Péri est condamnée à brève échéance : ce 30 juin, l’établissement fermera ses portes. Les usagers, professionnels et habitants sont « profondément choqués et opposés à la fermeture de ce service de proximité ». 

 

En l’espace de huit ans, trois établissements ont fermé leurs portes, contre un seul ouvert. « La disparition des collections au profit du tout numérique vers lequel vous tendez ne peut que détériorer le lien social », écrivent les signataires. 

 

Mais voilà : la Ville de Levallois-Perret a pris sa décision parce que la médiathèque « souffre des maux inhérents à son âge. La structure du bâtiment qui l’abrite, comme son aménagement intérieur, sont désormais totalement obsolètes, tant en termes de respect des normes réglementaires qu’en ce qui concerne la qualité de l’accueil des lecteurs. Il s’agirait ici d’entreprendre une réhabilitation intégrale des lieux, plus proche de la reconstruction que d’un simple réaménagement ».

 

L’administration de Patrick Balkany, maire de la ville, affirme rester à l’écoute des citoyens. Ces derniers réclamaient des horaires d’ouverture amplifiés, y compris le dimanche. « Ces mesures nécessitent cependant des besoins non négligeables en personnel, ce qui représente un coût conséquent », rappelle-t-on. 

 

Ainsi, entre le coût des travaux pour rénover la médiathèque et leur pertinence, par rapport aux demandes des usagers, il a semblé plus évident de fermer les lieux, et d’élargir les horaires d’ouverture. 

 

« Afin de ne pas léser les lecteurs levalloisiens et d’améliorer qualitativement les services qui leur sont proposés, les plages horaires des autres médiathèques que sont Albert-Camus et Gustave-Eiffel vont être élargies et l’offre de ressources numériques — qui connaît un succès croissant — augmentée. »

 

Voilà quelques semaines, une association, Les contribuables associés, s’est lancée pour dénoncer la gestion de la ville par le maire. Elle demande sa révocation, considérant que Patrick Balkany ne dispose plus de « l’autorité morale » pour exercer son mandat, en regard des affaires judiciaires auxquelles il se retrouve mêlé. Ce dernier est en effet mis en examen pour corruption passive, blanchiment de corruption et blanchiment de fraude fiscale. Rappelons qu’en mars dernier, l’Assemblée nationale avait choisi de lever son immunité parlementaire. 

 

« Monsieur Balkany est à la tête de la mairie depuis une trentaine d’années, et en tant qu’élu, il doit être exemplaire, comme tout autre élu. On demande des efforts aux Français, et de l’autre côté, nous assistons aux manœuvres d’une caste qui a la main sur le coffre, et qui n’encourt que des sanctions dérisoires », nous précise l’association.

 

Le mois dernier, la dette de la ville était évaluée à plus de 720 millions €. 

 

Toutefois, l’idée de la fermeture de la bibliothèque « n’est pas nécessairement un tabou. Rationaliser les dépenses publiques n’est pas une démarche que l’on doit systématiquement condamner. En revanche, ce qui est frappant, c’est l’absence de données de la part des pouvoirs publics sur les établissements et leur fonctionnement propre. »

 

Plusieurs indicateurs seraient à prendre en compte pour définir les critères d’évaluation, typiques de l’usage d’un actif.

 

« Définir la fermeture d’un établissement nécessite d’avoir une vision sur l’ensemble des bibliothèques de Levallois. On devrait alors prendre en compte le coût de fonctionnement et d’investissement, ainsi que le nombre de visiteurs, des livres empruntés, ainsi que le ratio entre le fonds et les ouvrages empruntés. » Il faudrait également mesurer le temps d’ouverture au public ainsi que les effectifs. 

 

« Si les municipalités étaient contraintes de communiquer l’ensemble de ces données, nous disposerions de mesures particulièrement intéressantes, mais tout le monde joue à cache-cache avec ces informations.» Sollicitée par ActuaLitté, la mairie de Levallois-Perret n'était pas disponible pour répondre à nos questions.

 

Établir le coût moyen de consultation d’un livre par établissement, un projet que l’ABF pourrait certainement envisager, afin de mieux mesurer les fonctionnements des bibliothèques sur le territoire ?