La messagerie Gmail et son testament : l'avenir de la correspondance

Nicolas Gary - 26.04.2013

Edition - Société - Google - Archives numériques - Innactice Account Manager


La semaine passée, Google, encore et toujours Google, a présenté un nouveau service. Et comme il se doit dans pareil cas de figure, la presse du monde entier s'est emparée du sujet. Un jour, il faudrait que Google essaye de communiquer sur du vent, juste pour voir. Encore que certains murmurent que cela s'est déjà fait, avec une fois encore un brio incontestable.

 

 

 

 

Soit. Donc, Google a sorti un nouveau service, offrant à l'utilisateur de pouvoir confier son identité numérique, les emails, les numéros de téléphone, l'ensemble des conversations par messagerie, enfin, tout, à un tiers, au moment de sa mort. C'est qu'en cas de décès, l'ensemble des comptes ouverts chez tel ou tel marchand en ligne, au travers d'un service de rencontres, et j'en passe et j'en oublie, se retrouvera orphelin de leur créateur. De là à dire que l'on accède à l'immortalité, par l'intermédiaire des Big Datas qui traînent sur la toile...

 

Le testament numérique, post-mortem, par anticipation

 

Depuis le 11 avril, un outil de Gestionnaire de compte inactif offre aux utilisateurs du service de pouvoir transmettre à un proche, ami, parent, etc., les codes d'accès de son compte. Dans le cas contraire, il suffit de définir une période comprise entre trois mois et un an, pour que la totalité des données diffusées, des messages, et ainsi de suite, soit tout bonnement supprimée. Et cela inclut évidemment le compte Google+, le réseau social (mais si, celui qui ne fonctionne pas), les vidéos YouTube, les photos Pïcasa, la page Blogger. Tout. Supprimé. Réduit au néant digital... 

 

Pour planifier son décès réel et sa mort numérique, rien de plus simple désormais, donc. Inactive Account Manager, ce qui n'est clairement pas un nom génial, est une option intéressante. Contrairement à des Facebook, ou Twitter, qui au décès de leur utilisateur vont continuer bêtement à enregistrer des demandes d'ami, ou des followers, Google fait un nettoyage par le vide assez inhabituel, chez un géant plus coutumier de la réutilisation de données. 

 

« Nous espérons que cette nouvelle fonctionnalité vous permettra de planifier votre vie après la mort numérique - d'une manière qui protège votre vie privée et votre sécurité - et rendra la vie plus pour vos proches après votre décès », conclut le moteur sur son blog

 

La question des archives et de leur survie

 

Ce micro testament ne remplacera pas encore un notaire certifié conforme, à même de faire exécuter les dernières volontés d'un ex-vivant. Mais reste que l'introduction de cette solution a été largement saluée comme une évolution importante : qu'advient-il, post-mortem, de ses données. Et par extension, dans le cas d'un créateur - auteur, sculpteur, artiste, etc. - la question est plus pertinente encore. 

 

Pour mémoire, en avril 2011, la British Library avait entamé la collecte de 40.000 emails, dans le cadre d'une politique d'achat des archives de Wendy Cope. On y trouvait de tout, manuscrits, correspondances, professionnelles ou personnelles, textes divers, pour un montant de 32.000 £.

 

Mais pour cette correspondance, justement, l'auteure elle-même reconnaissait que l'investissement de la British Library n'avait pas forcément été judicieusement réfléchi. C'est que l'établissement avait donc acheté 40.000 emails archivés, depuis 2004 à nos jours, la plus grande acquisition de courriers électroniques jamais faite, jusqu'à lors. Mais pour Wendy elle-même, de nombreux emails « ne sont pas intéressants du tout ». 

 

Rachel Foss, la  conservatrice en chef, était confiante : « C'est un nouveau territoire pour nous. C'est la deuxième grande acquisition d'emails que nous avons faite, après les archives d'Harold Pinter, en 2007, mais elles contiennent plus de matière. Nous augmentons nos achats de contenus numériques. Ce sera la norme vers laquelle nous tendons, et nous parviendrons à un stade où les lettres physiques seront remplacées par les emails. »

 

Stockage, archivage et destruction

 

Cette question des archives, à l'heure numérique, remonte à quelque temps déjà.  Les archives d'auteur, c'est une véritable chasse au trésor dans cartons, déposés quelque part dans une maison. La caverne d'Ali Baba, avant de se retrouver dans un établissement public, triées, ordonnées, rangées, classées... 

 

Mais à quoi ressembleront-elles demain ? Le domaine numérique offre une capacité de stockage - mais pas nécessairement d'archivage correct. Et en y réfléchissant bien, l'éternelle question des formats se pose. Si a priori un email peut être lisible 10 ans après sa rédaction, un fichier Word, OpenOffice ou Page pourrait connaître quelques problèmes, en fonction de l'évolution des logiciels de lecture. 

 

On peut, à ce titre, se souvenir que le service de lecture en ligne de documents, Scribd, s'était mis à stocker des archives et des PDFs par centaine, gratuitement diffusés par leurs propriétaires, jusqu'à rendre leur accès payant. Modèle économique oblige, la question devenait cruciale pour le développement de la structure. 

 

Les archives des écrivains, stockées dans des ordinateurs, et les échanges, qui s'opèrent aujourd'hui principalement par messagerie électronique, risqueront plus que jamais de tomber dans l'oubli. D'autant que si Gmail est la seule messagerie email à proposer ce service, bien d'autres courriels sombreront dans l'oubli, si les solutions technologiques n'évoluent pas dans le sens d'une transmission.