La militante du droit des femmes Antoinette Fouque est décédée

Antoine Oury - 24.02.2014

Edition - Les maisons - Antoinette Fouque - éditions des femmes - MLF


Née le 1er octobre 1936 à Marseille, Antoinette Fouque est décédée ce jeudi 20 février, à l'âge de 77 ans. Les hommages se sont succédés, saluant une vie de combats pour les droits des femmes et le respect de leurs libertés. Elle participe aux actions du Mouvement de Libération des Femmes dans les années 1970, avant de structurer - s'approprier, soulignent certains - l'organisation.

 


 

 

L'engagement d'Antoinette Fouque pour la défense des droits des femmes n'aurait probablement pas eu la même ampleur sans sa rencontre avec Monique Wittig, décisive, et la naissance de sa propre fille, en 1964. La jeune femme prend alors conscience des obstacles et difficultés qui se dressent dans l'existence des femmes françaises, malgré une époque qui valorise l'accomplissement personnel.

 

Fouque propose un pendant féminin à la théorie phallique de la libido, théorisée par Freud et vue comme un modèle central en psychanalyse. Aidée par Jacques Lacan, elle pratique la psychanalyse et s'exile aux États-Unis et au Canada pour suivre des patients en 1969. La théorie qu'elle a développée sera au centre de son premier ouvrage, Il y a deux sexes : essais de féminologie. 1989 - 1995, publié par Gallimard en 1995.

 

Les politiques de différents bords ont salué l'action militante d'Antoinette Fouque :  « une grande et belle voix du féminisme s'est tue », a ainsi souligné Najat Vallaud-Belkacem. « Sa contribution à l'émancipation d'une génération de Françaises est immense, et continuera d'inspirer longtemps celles et ceux qui s'engagent pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes », a expliqué la ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement à l'AFP.

 

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, salue de son côté une « militante inlassable de la “féminologie”, psychanalyste, députée européenne […], [qui] fut aussi une figure culturelle majeure ». Certains ont cependant rappelé que l'héritage que certains accordent à Antoinette Fouque était contesté : en 1979, elle déposé la marque « MLF » sans consulter l'ensemble des membres, la transformant en une marque commerciale que Simone de Beauvoir elle-même qualifiait d'« imposture ».

 

Son engagement politique, dans les années 1990, n'avait pas lui non plus soulevé les foules : en 1994, elle se présente ainsi sur la liste de Bernard Tapie, Énergie radicale, aux élections européennes. Elle sera élue au Parlement européen de 1994 à 1999, elle a siégé et été vice-présidente des Commissions des Affaires étrangères, des Libertés publiques et des Droits des femmes.

 

Lectrice aux éditions du Seuil, mais également impliquée dans les publications Le Quotidien des Femmes et Des femmes en mouvements, elle a fondé en 1972 les Éditions des femmes, qui sont toujours actives aujourd'hui. Antoinette Fouque se montrait encore très critique vis-à-vis de l'appellation « féminisme », qu'elle associait à une « servitude volontaire que font certaines pour s'adapter au journal Elle ou à d'autres ».