La mixité sociale mise à rude épreuve dans l'édition britannique

Antoine Oury - 19.04.2018

Edition - International - classe sociale édition - origine éditeurs - édition royaume uni


C'est en Angleterre que Karl Marx a observé l'exploitation des classes laborieuses : des chercheurs des universités d'Édimbourg et de Sheffield lui rendent donc une sorte d'hommage en observant les inégalités persistantes, selon les origines sociales, dans le secteur de l'édition britannique. Les conclusions de leur étude assurent que les affinités culturelles et d'autres facteurs à l'œuvre dans les milieux culturels limitent sérieusement la mixité sociale.


Frankfurt Buchmesse 2014
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Première observation de cette étude menée par Orian Brook, David O’Brien et Mark Taylor, le fait que la méritocratie souvent mise en avant dans les milieux culturels ne serait pas observée par tous leurs membres. Pour un certain nombre d'entre eux, ce n'est pas le travail ou le talent qui ouvrirait les portes, mais l'origine sociale, l'éducation ou encore le fait de connaître les bonnes personnes.

 

Pour obtenir une idée des qualités nécessaires à l'entrée dans les milieux artistiques, du côté de la production comme de la création, les chercheurs ont diffusé un sondage, rempli par près de 2500 répondants des secteurs culturels, puis ont mené des entretiens auprès de 250 travailleurs de ces secteurs. Bilan : la plupart des réponses (34 %) mettent l'accent sur le mérite et sur les origines pour réussir dans le secteur, devant le seul mérite (30 %). 

 

Les répondants qui croient le plus en la méritocratie des secteurs culturels sont les travailleurs les mieux rémunérés, souligne l'étude. Néanmoins, l'essentiel des interrogés pense sincèrement que le secteur est juste dans ses choix, « des interprétations qui interrogent au vu des inégalités au sein du secteur culturel ».

 

Des inégalités que le rapport s'attache ensuite à quantifier et expliquer : dans les musées, galeries et bibliothèques britanniques, seuls 2,7 % des effectifs sont issus de minorités, tandis que seuls 12,6 % des employés de l'édition sont issus de la classe ouvrière. Fait connu dans la plupart des secteurs du livre, les femmes sont bien représentées dans l'édition et le livre, à l'inverse d'autres secteurs culturels.

 

Les chercheurs notent toutefois « que la situation est grave dans l'édition, où l'on trouve plus d'un tiers des travailleurs de la classe moyenne supérieure et seulement 1/8e de travailleurs issus de la classe ouvrière ». C'est ainsi l'inverse de la proportion observée dans la population, où un tiers des personnes sont issues de la classe ouvrière.
 

Différents facteurs pour expliquer l'absence de mixité

 

Le rapport observe aussi que le lieu de travail privilégié des industries culturelles du Royaume-Uni, Londres, constitue un obstacle supplémentaire pour les travailleurs défavorisés : le prix des loyers y est particulièrement prohibitif. Au niveau des salaires, une discrimination se fait aussi sentir, à hauteur de 23.000 £ en moyenne. À poste égal, l'origine sociale des travailleurs crée un différentiel dans la rémunération.

 

Entre 1981 et 2011, l'étude observe que la part des personnes d'origine sociale aisée travaillant dans le secteur culturel a fortement augmenté, tandis que la part des personnes issues de classes populaires a baissé : cela dit, cette évolution s'explique par celle de la population britannique en général. Les difficultés pour travailler au sein des secteurs culturels et créatifs demeurent, malgré tout, précisent les chercheurs.

 

“La création mérite mieux qu’un cadre
précaire, sans cesse dévalué”

 

L'exploitation des classes laborieuses reste bien présente au sein des secteurs culturels, soulignent les chercheurs, par l'intermédiaire de travaux non rémunérés, comme les stages sans gratification. Témoignages à l'appui, ils constatent « une inquiétante perception » de ces secteurs, où l'on estime qu'« il vaut mieux ne pas s'attendre à être payé ».

 

Enfin, la barrière la plus haute en matière d'accès à l'emploi dans les secteurs culturels se trouve, d'après l'étude, dans la tendance à « associer les semblables », y compris en matière de goûts culturels, d'affinité politique et de pensée : les employeurs, souvent issus de classe sociale aisée et rarement de minorités, auraient tendance à choisir des collaborateurs aux caractéristiques et aux parcours similaires...


L'étude complète est accessible ci-dessous ou à cette adresse.





Commentaires

Attention à ne pas traduire littéralement "middle class" en "classe moyenne" ! Les britanniques reconnaissent 7 classes sociales qui permettent d'être plus précis que notre "classe moyenne" qui à force d'être générique ne dit plus grand chose. SI l'on se réfère ainsi à cet article et à l'étude qu'il met en valeur (https://www.theguardian.com/society/2013/apr/03/great-british-class-survey-seven) on s'aperçoit ainsi que la middle class est déjà la petite bourgeoisie.

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