La moitié des Américains n'a pas ouvert de livre en 2014

Julien Helmlinger - 09.02.2015

Edition - International - Statistiques - Lecture - Comportements


Selon l'enquête A Decade of Arts Engagement, récemment publiée par l'agence fédérale NEA (National Endowment for the Arts), seuls 54 % des répondants auraient lu au moins un livre, tous genres confondus, au cours de l'année dernière, qu'il s'agisse d'imprimés ou de numériques. La lecture de fiction aurait été en croissance entre 2002 et 2008, mais, depuis, cette tendance se serait inversée.

 

 

Caught Reading

CC by 2.0 par Jayel Aheram 

 

 

Comme le précise Quintin Fottrell, de MarketWatch, « le déclin dans la lecture de fiction l'année dernière touche principalement les Américains blancs, hommes et femmes y compris de divers milieux éducatifs ; les taux se sont maintenus parmi les groupes des non-blancs et hispaniques ». Les femmes liraient plus de fiction que de non-fiction, contrairement aux hommes et aux Américains âgés de plus de 75 ans.

 

Le sondage s'est appuyé sur un panel composé de 37.000 personnes et les tendances varient toutefois selon les États observés. Ainsi, dans celui de Washington, 63 % des sondés ont lu de la fiction en 2014, contre 56 % dans le Colorado, Rhode Island et le Connecticut, 37 % dans le Nevada, 36 % dans l'État de Virginie et 34 % du côté de l'Alabama.

 

Qu'il s'agisse de non-fiction, de romans, de nouvelles ou de poésie, seuls 54 % des répondants auraient ouvert un bouquin en 2014. Selon les chiffres de Nielsen, le registre de la fiction a connu la plus forte baisse des ventes sur le marché du livre. Selon la NEA, les temps ne sont guère favorables au registre de la poésie, alors que seulement 6,7 % des sondés en ont lu l'an passé, contre 12 % en 2002. 

 

Tentatives d'explication du phénomène

 

Elizabeth Birr Moje, professeure d'éducation à l'université du Michigan, estime toutefois que la tendance pourrait n'être que provisoire. Elle suppose que les sondés ont peut-être passé davantage de temps au travail ou à lire d'autres contenus en ligne, quand d'autres analystes estiment que la qualité des livres y serait pour quelque chose dans cette baisse. Peter Hildick-Smith, président du groupe d'étude de marché Codex Group, « les éditeurs de livres doivent être plus créatifs à développer de nouvelles idées de livres qui attirent et retiennent les lecteurs ».

 

Alors que des milliers de nouveaux titres sont publiés chaque année et que seuls quelques-uns sont véritablement remarqués, l'écrivain Christopher Sorrentino pointe quant à lui le sentiment que des lectures de biographies ou de manuels de développement personnel seraient parfois perçues comme étant plus enrichissantes que celles de fiction. Mais il rappelle néanmoins que la fiction sert au moins à développer son empathie, comme l'indiquaient certaines études l'an dernier.

 

Christopher Sorrentino se demande également si l'ère des médias sociaux pourrait être en cause, ou encore le narcissisme d'une population d'Américains « plus fascinés par leurs propres vies que par celles présentées dans les grandes œuvres de fiction littéraire ». Pour étayer cette dernière supposition, il rappelle que 56 % des internautes admettent avoir déjà tapé leur propre nom dans Google.