La moribonde rémunération des offres d'abonnement, véritable problème

Nicolas Gary - 17.04.2015

Edition - Economie - abonnement illimité - lecture livres - numérique rémunération


La rémunération des auteurs indépendants qui ont proposé leurs titres dans l'offre Kindle Unlimited ou Prime devient presque un sujet de plaisanterie. À travers le KDP Select, pour les livres empruntés ou en offre illimitée, la rémunération du mois de mars bat des records... dans l'absurdité. 

 

Sam hilft bei der Gartenarbeit, oder: Wir haben jetzt eine eigene Feuerwehr!!

Et l'offre illimité, ça rapporte ?

Günter Hentschel, CC BY ND 2.0

 

 

Publishing 3.0 montre qu'il a atteint 1,33 $ de rémunération, ce qui impliquerait une perte de 35 cents par rapport aux pires de ses rémunérations. Mais que faut-il en conclure ? Selon le Digital Reader, tout simplement que le nombre de livres proposés dans les programmes augmente plus vite que prévu. Ainsi, et alors que la firme a injecté 9,5 millions $ pour financer le service, l'enveloppe à se répartir est trop petite.

 

Or, si l'enveloppe ne suffit pas et que dans le même temps les inscriptions à KU ne compensent pas le manque, c'est que le problème est vraiment arrivé à un moment crucial. Dans KDP Select, on retrouve en effet 7,14 millions de livres lus – pas nécessairement en entier, et peut-être plusieurs fois le même. 

 

 

 

Le chiffre se retrouve facilement : diviser le montant de la cagnotte par le prix reversé à l'auteur, et l'on comprend que... personne ne gagne d'argent avec ce produit. La difficulté tient donc à ce que, si les abonnements continuent de croître, Amazon reste obligé de mettre son outil sous perfusion, tout en opérant des augmentations de cagnottes au minimum. 

 

Conclusion : Arnaud Nourry, PDF de Hachette, a raison. Dans un entretien accordé au Bookseller, il expliquait :  

Je crois que les livres numériques devraient atteindre 12 à 15 % du marché en France assez rapidement. Au rythme où nous allons, il faudra probablement plusieurs années. Mais cela ne me dérange pas [NdR : sans commentaire]. Nous avons maintenant un écosystème qui fonctionne. C'est pourquoi j'ai résisté au modèle d'abonnement, qui est une idée erronée, même si elle prolifère dans le business de la musique. 

Proposer des abonnements à un tarif mensuel qui est inférieur au prix d'un livre est absurde. Pour le consommateur cela n'a aucun sens. [NdR : erreur, c'est justement pour le consommateur que cela prend tout son sens] Les gens qui lisent deux ou trois livres par mois représentent une infime minorité. Et il y a les libraires. Si j'ai l'air d'un dinosaure, qu'il en soit ainsi. Mes collègues de Penguin Random House disent la même chose.  

 

 

En réalité, l'interview date du début du mois d'avril, et les « collègues » de PRH semblent avoir pris plaisir à faire mentir, un peu, monsieur Nourry : un accord a été trouvé avec Scribd, qui propose justement un abonnement illimité. 9000 livres audio sont désormais disponibles sur la plateforme. Ce qui porte à 45.000 le nombre d'audiobooks disponibles au catalogue. 

 

Évidemment, ce ne sont pas des livres numériques, mais des audiobooks. Et encore en novembre 2014, le CEO de PRH, Tom Weldon, rejetait en masse le principe de l'abonnement illimité, que ce soit Oyster, Scribd, ou Kindle Unlimited. 

 

Pourtant, Amazon, contrairement aux autres acteurs, paie grassement pour les livres des éditeurs : sur la base de 10 % de l'ouvrage lu, la société reverse l'intégralité de la somme due, comme s'il s'agissait d'une vente unitaire. « Nous avons deux problèmes avec l'abonnement. Nous ne sommes pas convaincus que ce soit ce que les lecteurs veulent », expliquait Wedon. L'autre problème est que l'éditeur ne comprend pas le modèle économique qui sous-tend l'ensemble. 

 

Ce qui serait plus pertinent serait de poser les choses plus clairement, et avec un peu plus d'honnêteté intellectuelle. L'éditeur ne gagne rien, ou si peu que rien, et l'auteur est logé à la même enseigne. Inutile de se cacher derrière des rhétoriques X ou Y : il suffit de regarder les statistiques présentées par les auteurs.

 

Sauf quand on a les moyens d'Amazon...  Oups : paradoxe ?

 

Ce qui n'enlève au demeurant rien aux qualités d'une offre illimitée, en ce qu'elle représente une alternative au piratage. Il suffit de savoir où l'on préfère investir, en réalité : soit dans la lutte coûteuse et très semblable à l'histoire du Breton décidé à vider la mer avec une cuillère, ou dans une solution légale attractive.