Privée de sa fondatrice, l'agence littéraire Balcells sème le doute

Nicolas Gary - 06.10.2015

Edition - International - Carmen Balcells - agent littéraire - publication romans


Le décès de Carmen Balcells, agent littéraire surnommée « la dame des Nobels », a provoqué une vague d’inquiétude. Celle qui était parvenue à promouvoir la littérature latino-américaine laisse en effet son agence, qu’elle était en train de chercher à vendre. Moralité, un grand vide est laissé, et au bout du tunnel, il semble y avoir un autre agent, Andrew Wylie, dit Le Chacal.

 

Carmen Balcells et Gabriel Garcia Marquez. DR

 

 

En 1956, Carmen Balcells fonde, en effet, à Barcelone, une agence littéraire qui porte son nom. Très vite, entre 1960 et 1970, elle prend sous son aile des écrivains, devenus de grands noms de la littérature ibéro-américaine : elle a notamment découvert Gabriel Garcia Marquez, le Péruvien Mario Vargas Llose, l’Argentin Julio Cortazar, la Chilienne Isabel Allende ou encore l’Uruguayen Juan Carlos Onetti.

 

En mai 2014, l’Agencia Carmen Balcells et la Wylie Agency décidèrent de fusionner. Un rapprochement qui laissait pantois : d’un côté comme de l’autre, on comptait au catalogue des auteurs de renoms internationaux. Et ce rapprochement unissait alors écrivains de langue anglaise et espagnole, principalement, pour monter une structure faramineuse...

 

Or, de cette association, Carmen Balcells avait monté le projet de vendre ses parts à Wylie Andrew, et une lettre d’intention datée de 2014 confirme cette perspective. Sauf que les pourparlers semblent avoir échoué, du moins n’ont-ils pas été suivis. D’autres acheteurs se seraient même présentés pour reprendre des négociations avec elle. Et aujourd’hui ?

 

Miquel Palomares Balcells, le fils de Carmen, âgé de 51 ans, a pris la gestion de la structure. Dans un laconique communiqué, il assure que « ma mère a laissé un héritage professionnel immense, et ma décision – partagée par l’équipe entière – est de poursuivre son travail afin de continuer à servir nos auteurs ». Le tout en conservant le sérieux qui a fait la marque de fabrique de la société...

 

Mais la disparition de La Mamá Grande, de son surnom, et la protection féroce dont elle entourait ses auteurs, porte un coup malgré tout difficile. Son agence était empreinte de cette forte personnalité, devenue une institution. De là à considérer que son fils n’a pas l’étoffe, certains ne se privent pas, et pensent que cet intérim n’est assuré, qu’avec la perspective de céder l’enseigne. Et s’en débarrasser dès lors qu’un repreneur intéressant se présentera. 

 

L’agence Balcells représente à ce jour près de 300 auteurs, avec, notamment, Pablo Neruda, Carlos Fuentes, Mario Vargas Llosa ou Camilo José Cela, etc. Comme personne ne sait précisément pourquoi les pourparlers ont été arrêtés avec Wylie, et que ce dernier a refusé d’apporter le moindre commentaire, toutes les hypothèses sont permises. 

 

D’autant plus que fin août, Wylie décidait, à l’étonnement général, d’ouvrir une filiale dédiée à l’Espagne et l’Amérique latine, au sein de sa propre structure. Un choix difficile à comprendre, sinon à la lumière de ce ce que la fusion avec l'Agencia Balcells n'aurait pas porté ses fruits ? 

 

Cristóbal Pera est chargé de diriger la filiale The Wylie Agency España, et aura pour mission d’élargir la portée de l’agence sur plusieurs territoires : Espagne, Amérique latine et États-Unis, rien que cela. Fort d’une quinzaine d’années de travail dans l’édition, il a débuté chez Galaxia Gutenberg, avant d’entrer chez Random House Mondadori. Il avait alors pris la tête de la filiale Debate.

 

De même que Wylie se terre dans le mutisme, de même, Pera n’a pas souhaité apporter de précisions sur l’actuelle situation. Et nombre d’éditeurs à travers le monde doivent être en attente de plus amples informations, sur leurs futurs interlocuteurs...

 

(via New York Times)