La New York Public Library met des livres en prison

Orianne Vialo - 10.08.2016

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La bibliothèque publique de New York a élargi ses services à la prison de Rikers Island, plus grande prison de la ville et deuxième plus importante des États-Unis. En ouvrant une branche officieuse dans le quartier dédié aux femmes dans le centre Rose M. Singer, la bibliothèque tente de promouvoir la lecture dans l’établissement carcéral. 

 

Domaine public

 

 

Cette nouvelle extension de la bibliothèque compte déjà 1200 ouvrages, que les détenues peuvent emprunter comme dans une bibliothèque classique. Dans cette collection, elles peuvent trouver tous les genres littéraires, de la science-fiction à la romance, de grands classiques de la littérature — Les Misérables de Victor Hugo — ou des best-sellers récents comme la trilogie Hunger Games de Suzanne Collins. 

 

Un mardi, jour où la bibliothèque est ouverte pendant 6 heures, les auteures Rayya Elias et Elizabeth Gilbert ont même apporté des exemplaires de leurs ouvrages dans la prison pour les dédicacer et les donner aux détenues. Joseph Ponte, chargé de l'application des peines à la prison de Rikers Island, estime qu’il est judicieux que des services publics soient accessibles dans l’établissement. « C’est bien de présenter aux détenues les valeurs de l’éducation et de la lecture. » Ces dernières peuvent d’ailleurs avoir accès à deux ouvrages par semaine, même si les effectifs doivent être divisés en deux groupes pour que tout le monde puisse avoir accès aux livres de façon équitable, une semaine sur deux. 

 

« Nous essayons de construire les collections en fonction des demandes des détenues », explique Emily Jacobson, l’une des bibliothécaires de la prison. « Si les détenues demandent quelque chose de spécifique que nous n’avons pas, nous pouvons essayer de répondre à leurs demandes dans les arrivages suivants. » 

 

La bibliothèque est aussi équipée d’ordinateurs et dispose de programmes d’éducations. « Nous voulons que chacun ait la possibilité de lire, d’apprendre, de créer, d’apprendre des compétences et de contribuer [à la société, NdR] » explique Tony Marx, le président de la bibliothèque publique de New York. 

 

Rikers Island et la NYPL, en lien depuis 28 ans

 

Cependant, le concept est loin d’être une nouveauté pour la prison. Depuis déjà 28 ans, la bibliothèque publique de New York approvisionne les bibliothèques de l’établissement carcéral. Le quartier des hommes dispose d’ores et déjà de sa propre bibliothèque mobile. Toutes les semaines — généralement les jeudis —, les livres arrivent par bus dans de gros sacs sur l’île de Rikers. Ils sont ensuite redistribués dans l’une des neuf prisons présentes sur l’île. Là aussi, l’on retrouve du Shakespeare ou des écrits d’Hemingway. 

 

Ils empruntent les ouvrages — limité à un magazine et à un livre par semaine — grâce à leur numéro d’écrou, qui sert à leur identification tout au long de leur détention. Parmi les ouvrages les plus demandés, l’on retrouve l’autobiographie de Malcolm X, le magazine National Geographic, les dictionnaires de toutes langues ainsi que les livres de James Patterson

 

« La lecture aide à réduire les incidents et à garder les esprits des détenus occupés, car ils font quelque chose de constructif » explique Juan Rosado, un officier qui s’occupe de l’accès en bibliothèque. 

 

Dans les quartiers d’isolement, les détenus ont le droit d’emprunter un livre supplémentaire par rapport aux autres, car « ils ont plus de temps passé seul, et davantage besoin de lire des livres » explique Nicholas Higgins, qui est chargé de superviser le service de la bibliothèque. 

 

Lire en prison pour diminuer les violences

 

En 2015, The American Prison Data Systems (APDS) a développé une bibliothèque numérique pour les prisonniers américains. Ce système, National Corrections Library, est une première dans l'univers carcéral américain et rencontre un certain succès auprès des prisonniers. La lecture permettrait de diminuer la violence dans les prisons. Véritable gain de place dans les établissements d'incarcération, ce projet « offre aux détenus un ensemble croissant de titres, inspirants et éducatifs, pour tout niveau de lecture et d'éducation ».