La New York Review of Books attaquée par une architecte

Louis Mallié - 28.08.2014

Edition - Société - Zaha Hadid - New York Review of Books - Coupe du monde 2022


L'architecte anglo-irakienne Zaha Hadid, accusée par le critique américain Martin Filler d'insensibilité à l'égard de la condition des ouvriers immigrés au Moyen-Orient, elle a décidé de le porter devant la New York State Supreme Court de Manhattan, pour diffamation. Établie à Londres, Zaha Hadid  a dessiné le stade Al Wakrah, un des cinq destinés à accueillir la Coupe du monde en 2022 au Qatar.

 

Zaha Hadid, Knight Foundation,

CC BY-SA 2.0

 

 

À l'origine de la controverse, un article de Martin Filler intitulé The Insolence of Architecture, paru dans la célèbre New York Review of Books le 5 juin dernier. Chroniquant l'ouvrage Why we Build : Power and Desire in Architecture de Rowan Moore, Martin Filler y rapportait des propos tenus par Zaha Hadid, l'accusant de froideur à l'égard des ouvriers népalais et indiens travaillant dans les pays arabes, qui nient, selon lui, « toute responsabilité […] pour le millier d'ouvriers qu'on estime être morts dans le montage du projet ». 

 

Le critique remettait en mémoire des propos tenus en février dernier par l'architecte. Alors que The Guardian avait peu avant révélé qu'environ 882 ouvriers immigrés étaient morts sur les chantiers depuis début 2012, elle avait défendu d'une manière assez froide sa participation au projet.  « Je n'ai rien à faire des travailleurs. Je pense que c'est un problème qui relève du gouvernement - si tant est qu'il y ait un problème. J'espère que ce genre de problème sera résolu. »

 

Plus encore, à la question du Guardian de savoir si elle se sentait touchée par la mort des ouvriers, celle-ci avait ajouté : « Oui, mais je suis plus touchée par les morts en Irak - Ce que je pense vraiment de ça ? Je ne le prends pas à la légère, mais je crois que c'est au gouvernement de s'en occuper. En tant qu'architecte, ce n'est pas à moi de me préoccuper de cela. »

 

Elle avait ensuite conclu : « Je ne peux rien y faire parce que je n'ai aucun pouvoir pour cela. Je pense que c'est un problème partout dans le monde. Mais comme je l'ai dit, je crois qu'il y des divergences partout dans le monde. » Zaha Hadid a donc accusé le journaliste de diffamation, soulignant que Martin Filler avait tiré les propos loin hors de leurs contextes.

 

 

Image virtuelle du stade Al Wakrah

 

 

Acculé, Filler a donc été contraint de présenter ses excuses à l'architecte. Dans une lettre du critique citée par le New York Times, le critique s'est repris : « Il n'y a pas eu de morts sur le projet d'Al Wakrah, et les commentaires de Mme Hadid [...] que j'ai cité dans ma critique n'ont rien à voir avec la construction du site Al Wakrah, ni avec aucun de ses projets », se repent-il…  « Je regrette mon erreur », ajoute-t-il.

 

Quoi qu'il en soit, nul ne sait encore si ses excuses satisferont Zaha Hadid. « Nous avons bien pris connaissance de la rétraction de Mr.Filler, et savons que la New York Review of Books à l'intention de la publier », a déclaré l'avocate de l'architecte, Oren Warshasky, ajoutant que Zaha Hadid y répondra « après un un examen plus approfondi. »

 

Éditeur de la célèbre revue américaine, Robert Silver a de son côté assuré que la déclaration n'avait été le fruit d'aucun accord avec les avocats de Zaha Hadid - et qu'aucune question de dommages et intérêts n'avait donc été discutée. « Nous avons tout fait de notre propre ressort. Cette lettre contient les faits qui doivent être rendus publics, et les regrets que nous avons cru appropriés », a-t-il expliqué au Guardian, ajoutant que les revirements de ce genre, avaient été, dans l'histoire du magazine, « très rares ».