La Norvège offre l'accès gratuit à sa littérature publiée avant 2001

Julien Helmlinger - 17.01.2014

Edition - International - Norvège - Littérature - Bibliothèque


Afin de réconcilier créateurs et Internet, rapporte l'AFP, la Norvège a pris l'initiative d'offrir en ligne un accès gratuit à presque tous les livres publiés dans le pays avant 2001. Un catalogue qui comprend notamment les chefs-d'oeuvre du Nobel de littérature 1920, Knut Hamsun, ou encore les premiers romans du roi du polar scandinave, Jo Nesboe. Des dizaines de milliers de titres, toujours sous copyright, font néanmoins chauffer les scanners de la Bibliothèque nationale norvégienne avec la bénédiction des ayants droit.

 

 

 CC by 2.0 par jayneandd

 

 

Quelque 135.000 ouvrages sont d'ores et déjà disponibles via l'étagère à livres, tandis que ce chiffre devrait grimper à terme jusqu'à 250.000. On y retrouve de la littérature en langue norvégienne, mais aussi des traductions d'ouvrages étrangers. La directrice de la Bibliothèque nationale, Vigdis Moe Skarstein, explique que si de nombreux établissements publics conservent et donnent accès à des collections numérisées de livres tombés dans le domaine public, l'opération est cette fois plus originale.

 

Elle a ainsi détaillé la démarche norvégienne : « Nous, on s'est dit que puisque nous devions numériser toute notre collection pour la conserver à un horizon de 1.000 ans, il était aussi important qu'on en élargisse l'accès autant que possible. » Pour ce faire, l'établissement a conclu un accord avec Kopinor, réduisant le nombre d'interlocuteurs au nombre de deux, là où d'autres pays se sont embourbés dans des questions de droits.

 

Pour chaque page numérisée et mise en ligne, la Bibliothèque nationale verse une somme prédéterminée à l'organisation fédérant les titulaires des droits, et cette dernière est chargée de redistribuer ces royalties entre ses membres. Au fur et à mesure que le catalogue s'étoffe, l'indemnité annuelle payée par le service de prêt est dégressive. De 0,36 couronne, soit 6 centimes d'euro par page l'an dernier, elle sera à 0,33 couronne d'ici l'an prochain.

 

Comme le précise Yngve Slettholm, directeur de Kopinor, « un best-seller est traité sur un pied d'égalité avec un almanach régional des années 1930 ». Afin de ne pas pénaliser les créateurs, plusieurs mesures se sont imposées : l'étagère ne comprend aucun titre publié après le 31 décembre 2000, la consultation reste réservée aux adresses IP norvégiennes et autres chercheurs étrangers, tandis que les fichiers livres ne sont pas disponibles au téléchargement.

 

Si un ayant droit se sent spolié par l'initiative, charge à lui de se manifester. Il peut réclamer le retrait d'une oeuvre, mais ils seraient peu de mécontents à s'être déclarés jusqu'à présent. Sur les 135.000 livres déjà numérisés, environ 3.500 seulement ont ainsi dû être retirés. Il s'agirait majoritairement de manuels scolaires ou de livres pour enfants, deux catégories lucratives pour les maisons d'édition.

 

Si, d'après les premières estimations, le projet ne nuirait pas aux ventes des livres en question, donnant plutôt une seconde vie à ces titres parfois devenus introuvables chez les libraires, en dépit du fait que les copyrights survivent quelque 70 ans après le décès d'un auteur dans le pays. La mise en ligne constituerait donc une manière d'éviter que ces titres ne tombent dans l'oubli.

 

En termes de fréquentation, la plateforme a dépassé les 860.000 visites enregistrées en 2013, contre 188.500 visites de personnes physiques au sein de la Bibliothèque nationale l'année précédente. En moyenne un visiteur lirait 73 pages. Quelque 85 % des livres mis à disposition en ligne auraient déjà été consultés qu'il s'agisse de titres phares ou méconnus.