La nourriture ne manquait pas, puisqu'on élevait des moutons, des porcs et des poules

Cécile Mazin - 11.06.2013

Edition - Les maisons - Jan Guillou - inventeurs - destins


Nous poursuivons la publication des extraits du livre de Jan Guillou, publié aux éditions Actes Sud, Les ingénieurs du bout du monde.

 

 

Un tel sujet de conversation aurait cependant été inconvenant et c'est pourquoi le visiteur s'enquit plutôt de ce qui faisait alors le plus défaut. La nourriture ne manquait pas, puisqu'on élevait des moutons, des porcs et des poules, ainsi que quatre vaches laitières. Ayant moins de bouches à nourrir, les deux veuves pourraient aussi utiliser le surplus de lait pour fabriquer des fromages et les vendre. Elles se déclarèrent également capables de tisser et de teindre des étoffes.

 

Si les trois orphelines avaient été plus âgées, on aurait dû avoir recours à la solution habituelle : les placer comme domestiques dans une maison de la bonne société, à Bergen. Mais, étant donné que l'aînée n'avait pas plus de neuf ans, ce n'était pas pensable.

 

Il en allait différemment pour les garçons, même s'ils n'étaient âgés que de douze, onze et dix ans. Ils pouvaient partir en apprentissage à Bergen, où l'on fabriquait, construisait et réparait tout ce qui avait trait à la mer et à la pêche.

  

Les Ingénieurs du bout du monde

JAN GUILLOU

traduit du suédois

par Philippe Bouquet

Les veuves avaient déjà envisagé cette solution. Le frère de Maren Kristine, Hans Tufte, était contremaître en second à la corderie Cambell Andersen, à Nordnes. Elle lui avait déjà écrit et, s'il avait un poids quelconque et si Dieu ne s'y opposait pas, elle aurait bientôt trois bouches de moins à nourrir. Par la suite, ses enfants lui procureraient même un petit revenu.

 

Le pasteur observait du coin de l'œil les trois garçons aux yeux rouges assis sur le banc, tête basse, qui ne disaient mot et ne trahissaient en aucune façon ce qu'ils pensaient de quitter leur foyer de Tyssebotn pour aller vivre en ville comme ouvriers. On pouvait simplement être sûr que ce n'était pas ainsi que ces pêcheurs en herbe avaient envisagé leur avenir. Mais nécessité fait loi.

 

Le pasteur n'avait donc pas grand-chose d'autre à dire. Il évoqua vaguement l'idée de contacter une société de bienfaisance, à Bergen, sans pouvoir promettre quoi que ce soit, bien entendu. C'est le cœur lourd qu'il goûta au pain frais qu'on lui offrit, n'ignorant pas qu'il aurait été encore pire de refuser que d'ôter littéralement le pain de la bouche de ces six enfants. Car les pêcheurs de l'Osterfjorden ne transigeaient pas sur certains principes.

 

En regagnant le débarcadère, afin de louer les services de quelques marins pour le ramener à Hosanger par la mer, il fut soulagé d'avoir accompli un pénible devoir, non sans avoir mauvaise conscience de ce même sentiment. Cela aurait pu être pire. Les deux femmes, elles, allaient devoir faire face à une délicate période de privations. La tradition voulait qu'elles portent le deuil, pendant au moins un an avant de pouvoir envisager de prendre un nouveau mari, plus sous la contrainte de la nécessité que pour leur satisfaction personnelle.

 

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