La nouvelle merveille du XXIe siècle : l'agent littéraire éditeur

Clément Solym - 16.04.2011

Edition - Société - agent - auteurs - numerique


Il existe presque cinq cents agents d'auteurs aux États-Unis. L'un d'eux est devenu un mythe. Si vous voulez savoir de quels mérites il est doté, lisez plutôt. L'an passé, Andrew Wylie avait passé un accord avec Amazon pour vendre avec succès une vingtaine de livres électroniques, avec l'énergie cinétique d'une libellule en vol. (notre actualitté).

Depuis, les éditeurs sont inquiets, et les auteurs s'interrogent : l'agent peut-il devenir un éditeur ?

Ne parlons pas de ces traditionnels agents littéraires anglo-saxons ; parfois signataires d'un code déontologique (voir AAA), assez élastique puisque l'Association of Authors’ Agents n'interdirait plus à ses membres de se constituer en éditeurs, ils représentent les intérêts de l'écrivain. Rémunérés entre 10% et 20 % des droits d'auteurs, ils négocient avec l'éditeur les montants des contrats, et les droits des produits dérivés.

Le pouvoir changerait de mains ?

En revanche, l'agent qui édite représente un intérêt exceptionnel, contre lequel il convient de se prémunir. En 2010, les éditeurs français avaient signé une pétition contre la pratique potentielle des agents d'auteurs qui s'arrogeraient des droits sur l'édition numérique.

Que dire de plus ? Les auteurs eux-mêmes devraient se méfier de leur duplicité ! Samantha Francis a exercé les métiers de publiciste, de rédactrice en chef, d'agent, et de consultante ; elle estime que l'auteur ne devrait pas s'adresser à un agent d'auteurs pour publier ses livres électroniques, par crainte des risques de conflits d'intérêts. Quelles sont les véritables motivations de l'agent, se demande-t-elle ? A-t-il réellement la formation et les moyens nécessaires pour se substituer à l'éditeur ? Exigera-t-il à l'écrivain des frais de publication exagérés ? L'auteur ne serait-il pas plus compétent que lui pour publier ses livres lui-même ? (Via Booknet)

Certains annoncent déjà la fin des intermédiaires entre l'écrivain et le lecteur : « Le XXIe siècle sera celui de l’auto-édition, de la liberté et de l’indépendance des écrivains. » (via Le Post ) Or, il ne faut certes pas oublier que la publication n'est pas un phénomène magique ; il ne suffit pas de vérifier que le texte soit correctement écrit, il faut aussi, entre autres, en réaliser la maquette, en faire le dépôt légal, et le faire vendre.

La confrontation ou la négociation

Et l'on rapporte qu'il existerait en France une vingtaine d'agents d'auteurs authentiques, mettant en péril la survie des éditeurs : « À nous d'exploiter au mieux le gisement des droits dérivés pour que les auteurs ne se laissent pas séduire par le chant des sirènes », soupirait le président des éditions Grasset, Olivier Nora, en 2006. (voir l'Express)

Arthur Ténor, auteur de Guerre secrète à Versailles, veut résister à la suavité de l'appel des agents. Il met à son tour en garde les écrivains qui pourraient être tentés par des chatouillements d'oreilles : « Un auteur courageux ou inconscient ou qui n'aurait pas peur du suicide professionnel pourrait tenter l'expérience, il est assuré de disparaître du paysage éditorial français. » (via)

On raconte que, lorsque les éditeurs refusent un manuscrit, l'agent indiquerait à l'auteur des sites où l'auteur pourrait, à ses frais, publier ses ouvrages auprès des grands distributeurs : Publibook, Lulu.com, Edilivre, BoD , manuscrit.com. D'autres en feraient la promotion sur Babelio.com, Libfly.com ou Livraddict.com.

Face à cet éventail de possibilités, élargi par l'offre numérique, les auteurs n'ont plus qu'à développer leur sagacité.