La nuit des bibliothèques de Fleur Pellerin, un pur conte de fées

Nicolas Gary - 07.11.2015

Edition - Bibliothèques - nuit bibliothèques - Fleur Pellerin - société lecteurs


Présente pour l’inauguration de la Foire du livre de Brive, Fleur Pellerin assure qu’elle souhaite « rapprocher la culture des Français », et pour ce faire, profiter des bibliothèques du territoire. Il est vrai que la remise d’un rapport de 18 préconisations autour des établissements de prêt encourage à surfer sur le sujet. Avec pour thématique d’ouvrir plus les lieux au public, le consensus est large et le risque de dérapage, moindre. Ah oui ?

 

Fleur Pellerin Brive 2015

Fleur Pellerin faisant ses 7 minutes de lecture à Brive - Esther, CC BY SA 2.0

 

 

Avec 2,7 % de hausse des crédits pour la culture, Fleur Pellerin avance triomphante : « C’est un budget de combat, dont je suis particulièrement fière. C’est le signe que la culture est l’une des priorités du gouvernement. J’ai fait en sorte que ces nouveaux crédits viennent soutenir l’accès de la culture pour tous les publics avec une forte priorité donnée à la jeunesse et le soutien à la création. » Or, pour le public, justement, une mission fut confiée à Sylvie Robert touchant à l'ouverture des bibliothèques, avec dix-huit preconisations qui en découlent. 

 

La 18e mesure, propose, ô surprise, d’« organiser sur le modèle de la Nuit des musées une Nuit des bibliothèques dont l’objectif serait de présenter les bibliothèques, leurs collections et l’ensemble de leurs services ». Et c’est donc sur ce point que revient la ministre, qui ajoute : « J’ai souhaité que, dès 2016, l’État soutienne financièrement les collectivités qui s’engageront dans une démarche d’extension d’ouverture ambitieuse. Une autre mesure concerne la création d’une Nuit des bibliothèques dans toute la France. » (via La Montagne)

 

Tout cela n’engage que le journaliste qui le rapporte : les promesses manquent cruellement de données chiffrées. Car, si la nuit des bibliothèques est une délicieuse idée, le financement d’une pareille opération donne légèrement le tournis. Dans un musée, le principe est de venir à la découverte d’une exposition, d'oeuvres, etc. S'inscrire dans le principe de la Nuit des musées ne peut se dérouler simplement en ouvrant les établissements pour une nocturne.

 

Dans une bibliothèque, on trouve rarement La Joconde : il faut donc impérativement envisager des animations pour faire venir le public. Sinon, l'opération en soi peu attrayante n'attirera simplement personne.

 

Mettons un peu en perspective : l’opération autour de la jeunesse réalisée cet été, Lire en Short, réunissait 1600 événements sur 15 jours. Budget global de 500.000 €, et encore, dépensé pour les scènes nationales et les 45 événements labellisés par le CNL. Une grande partie de l’opération partait d’actions bénévoles. Alors, pour une nuit entière d’amour et de célébration, dans les 16.000 bibliothèques du territoire, doit-on tabler sur un montant dix fois supérieur ? Surtout quand l’ouverture le dimanche est déjà si compliquée à financer... 

 

Sylvie Robert, chargée du rapport, assurait à ActuaLitté : « Outre la Nuit des bibliothèques, qui est une excellente nouvelle, la dotation globale de décentralisation (DGD) va faire l’objet d’un amendement gouvernemental déposé aujourd’hui, lequel permettra de dégager une part de fonctionnement pour les collectivités qui veulent ouvrir plus leurs bibliothèques sur des temps atypiques, notamment le dimanche. C’est une petite victoire »

 

Sauf qu’elle avait également préconisé que la DGD soit passée de 80 à 85 millions € – suggestion rejetée par le ministère de la Culture, pour restrictions budgétaires. Le budget n'est pas en hausse partout.

 

Et comme Fleur Pellerin l’a rappelé en commission Finances à la rapporteuse Virginie Duby-Muller, ce n’est pas le CNL qui financera une pareille opération : l’établissement doit se concentrer sur ses « missions statutaires », et les bibliothèques n’en font pas directement partie – « aide aux auteurs et aux éditeurs, aux librairies et à la vie littéraire », précisait la ministre. De toute manière, son budget est également revu à la baisse, avec des contraintes sérieuses.

 

Une nuit des bibliothèques ? Il en reste encore mille pour se raconter de belles histoires.