La page du Brexit tournée, l'industrie du livre s'attend à des heures sombres

Clément Solym - 25.06.2016

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Le vote en faveur d’une sortie de l’Union européenne, pour le Royaume-Uni, a fait l’effet d’une bombe. Dans l’édition britannique, rares étaient les acteurs partisans du Brexit. Si JK Rowling fut parmi les plus actives dans la campagne en faveur du Remain, nombre d’auteurs et d’éditeurs ont réagi, exprimant inquiétudes et désapprobation, face au vote du public. Le Brexit, vécu comme un abandon, et une marque d’intolérance...

 

Brexit?

Tomek Nacho, CC BY ND 2.0

 

 

JK Rolwing multipliait les interventions depuis Twitter, c’est fort logiquement qu’elle fut la plus suivie. Sa réaction est nette : « Je ne pense pas que j’ai jamais autant voulu que la magie existe », tant la déception était grande. Et avec elle, plusieurs autres auteurs se sont lancés : un découragement profond, et des répercussions économiques à redouter.

 

Déjà, le patron des librairies Waterstones avait assuré que des licenciements interviendraient. Mais bien d’autres questions persistent quant aux évolutions pratiques pour le pays. Pour exemple, qu’adviendra-t-il de la TVA sur les livres numériques ? Et quelles conséquences sur les ventes de livres, sur les droits d’atueurs ? 

 

Sur le réseau, les premiers mouvements d’ironie n’ont pourtant pas manqué : 

 

 

 

"Rien de tout cela ne conduira les gens à acheter plus de livres"

 

Mais pour l’instant, les interrogations semblent priver les Britanniques de leur éternel humour. Si les changements n’interviendront pas avant deux années, les effets n’en sont pas moins craints. Neil Denny, rédacteur en chef de BookBrunch, parle d’une tempête globale, où le petit commerce du livre est embarqué. « On ne peut guère attendre de partenaires européens qu’ils soient collègues, auteurs, agents ou éditeurs qu’ils ne se sentent pas consternés et blessés ce que notre nation a pu faire. »

 

« L’impact sur l’économie va, à court terme, être absolument négatif. Cela aura pour conséquences des suppressions de postes dans le marché du livre, et dans l’économie plus globalement. L’effet déstabilisateur de la décision touchera la confiance et les dépenses des consommateurs, et peut immédiatement déclencher une récession. Rien de tout cela ne conduira les gens à acheter plus de livres. Des années d’incertitudes suivront. Oui, des droits de douane sur les importations risquent de s’appliquer, mais il faudra un bon moment avant que l’économie ne reprenne la bonne voie. »

 

Le scénario de cette sortie de l’Europe implique par-dessus tout une attente, où chacun observera le plus attentivement la situation. Observer, patienter, et évaluer tous les impacts – connus ou redoutés – pour négocier au mieux cette transition. La prochaine étape sera bien entendu la Foire du livre de Francfort, marché majeur dans la vente de droits pour les éditeurs. Grand exportateur, le Royaume-Uni mesurera directement les implications du Brexit à cet instant. 

 

Bien viendront d’autres questionnements, sur l’édition scientifique, la législation, les relations avec les géants du web, les échanges de technologies... Michael Dobbs, créateur de House of Cards, assurait : « L’UE en tant qu’institution ne me convient pas. Je suis fier d’être Européen, j’aime l’Europe, mais pour ses cultures, et non pour ses institutions. Elles ont échoué. Le projet a été développé dans la seconde moitié du XXe siècle à la suite de la crise de la première moitié. C’était une chose merveilleusement idéaliste, mais elle est de moins en moins pertinente, pour répondre aux défis du XXIe siècle, qui nécessitera que les gens soient plus compétitifs et flexibles» 

 

Une flexibilité telle qu’elle impliquera du pays qu’il apprenne des méthodes de contorsionniste désormais.