La passion française pour le patrimoine... sous réserve

Clément Solym - 14.09.2012

Edition - Société - Aurélie Filippetti - patrimoine - France


À l'occasion d'une visite à Metz, ce 14 septembre, de la ministre de la Culture, a été inaugurée la 29e édition des Journées européennes du patrimoine. De quoi donner le vertige, au travers de ce discours, prononcé, entre autres, devant le préfet de la région Lorraine et le maire de Metz. C'est que cette journée dédiée au patrimoine reçoit les plus vifs témoignages d'enthousiasme de la ministre. Mais quelque chose coince...

 

 

Frédéric Mitterrand et Aurélie Filippetti, salon du livre 2012

 

Aurélie FIlipetti dévoile ainsi que c'est avec bonheur qu'elle inaugure cette 29e journée. « Et ce bonheur ne vient pas seulement des liens forts qui m'attachent à cette ville : il résulte aussi des efforts constants poursuivis ici en faveur du patrimoine », note-t-elle. Et d'inventorier, sans le talent de Prévert, plusieurs lieux historiques, monuments et autres choses réalisées pour la grandeur du pays. 

 

La France, tu l'aimes... ou tu la kiffes ?

 

La dérive viendra vite : « Nous aimons notre patrimoine : c'est une passion française. Et comment ne pas l'aimer, comment ne pas se réjouir de pouvoir bénéficier, dans toutes nos régions, de ces monuments splendides, de ces paysages magnifiques, témoins de notre histoire, de notre travail et de notre aspiration à la beauté ? »

 

Eh bien, on serait tenté de poser plusieurs questions à la ministre, à ce titre. Et pour rester dans notre humble domaine, l'interroger sur ce que la rue de Valois compte faire du cas Jouve-BnF et la numérisation catastrophique opérée sur des ouvrages anciens. Une entreprise qui va à vau-l'eau, au point que des amendes devraient tomber sur la tête du prestataire - mais que pour d'obscures raisons, la BnF tarde toujours à imposer

 

Et pour rester dans le domaine de la numérisation, ainsi que nous l'avions dévoilé dans notre saga estivale Actualeaks, cette intention, dans le cadre des partenariats public-privé, que la BnF a de commercialiser et rentabiliser des ouvrages du domaine public. La situation ne semble pas avoir véritablement évolué, mais les conclusions étaient stupéfiantes.

 

« En cette période difficile, où les établissements culturels sont regardés ici et là avec des préoccupations qu'on peut estimer trop froidement gestionnaires, il est très utile que les bibliothèques se réaffirment parties prenantes de la société, y compris dans les dimensions les plus économiques de celle-ci », expliquait ainsi le directeur du département des collections, Denis Bruckman. (voir notre actualitté) Là encore, il y aurait beaucoup à dire. 

 

Les oeuvres indisponibles

 

Le patrimoine a des retombées économiques et sociales qu'une étude de 2009 a évaluées à 5 milliards €, soulignait la ministre dans son discours. « Et cet investissement, ce travail accompli par nos entreprises contribue évidemment à l'attractivité de notre territoire. Si la France est la première destination touristique au monde, c'est largement grâce à son patrimoine. » 

 

Et la ministre de continuer, un peu plus loin : « Or, cette approche globale du patrimoine est indispensable pour permettre à la représentation nationale de se poser, enfin, des questions essentielles pour ce domaine : pourquoi conserver, comment articuler conservation et innovation, quels bénéfices économiques, sociaux et culturels peut-on attendre du patrimoine ? »

 

Mais comment explique-t-elle alors les assourdissants silences de son cabinet et plus généralement du ministère, dans ce qui est probablement l'une ds plus belles impostures législatives que le monde de l'édition a pu connaître en 2012 ? Une loi permettant la numérisation des oeuvres indisponibles, qui se positionne clairement comme anticonstitutionnelle, mais également contraire à la Convention de Berne. Malgré tout, encouragé par la Société des Gens de Lettres, le SNE et la BnF, le ministère de Frédéric Mitterrand avait plongé, tête la première, dans ce projet et ratifié l'accord-cadre !

 

Dans son communiqué, le ministère de la Culture assure qu'Aurélie Filippetti «  compte traduire dans un projet de loi sur le patrimoine, portant sur les édifices protégés, mais aussi sur l'archéologie, les archives et les musées  », avec trois priorités : 

 

• actualiser le droit en fonction des évolutions récentes du secteur ;

• renforcer la protection juridique de notre patrimoine sans figer la France dans un glacis de protections faisant obstacle à l'innovation ;

• conserver une vision d'ensemble du droit du patrimoine.

 

Qu'est-ce à dire, Madame la ministre ? Qu'abattre les projets culturels lancés par le gouvernement Filllon et portés par le président Nicolas Sarkozy ne se fait qu'avec une certaine sélection, que d'aucuns pourraient qualifier d'arbitraire, la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles n'étant manifestement pas dans les priorités ! Alors que pourtant très coûteuse... 

 

Mais après tout, le patrimoine français, on l'aime ou on le quitte ? 




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