La pensée française voyage mieux que ses romans autocentrés

Clément Solym - 11.11.2012

Edition - International - littérature française - marché mondial - commerce international


Tant que l'on parlera de l'édition française, en la limitant au quartier de Saint-Germain-des-Près, alors les propos du président du Centre national du livre, Jean-François Colosimo, feront mouche. Dans un entretien accordé au Figaro, il détaille le marché du livre, du point de vue de l'international, quelques semaines après la Foire du livre de Francfort. 

 

 

 

Avec un quart du chiffre d'affaires réalisé à l'étranger, ce sont annuellement 10.000 ouvrages que les maisons vendent à des confrères extérieurs, principalement dans la non-fiction, les sciences humaines. Le roman, lui, souffre. Très fort. Et pourtant, le CNL a pour vocation d'aider les maisons non seulement à traduire vers le français, mais également dans l'extraduction, vers différentes langues étrangères, pour exporter au mieux la production française. 

 

Avec une analyse qui fait du bien là où elle fait mal : « Notre pensée voyage mieux que notre imaginaire. Le roman français reste très autocentré et demeure trop souvent, à l'étranger, l'apanage de cercles spécialisés. Peut-on s'adresser à la planète en se contentant de revendiquer son ­vil­lage, fût-ce Saint-Germain-des-Prés ? » Justement, durant Francfort, l'ouvrage de Joël Dicker, publié chez Fallois, a été largement plébiscité... parce qu'ils disposaient de qualités propres à un thriller US. 

 

À l'heure actuellement, c'est Michel Houellebecq qui sert d'ambassadeur depuis la France, pour parler de l'intellectuel hexagonal. Modiano ou Le Clezio, prix Nobel de littérature, sont « des auteurs très traduits, prisés et lus, mais quelque peu à fronts renversés. Le premier pour sa propension au mythe, le second pour son inclination à l'intimité ». Mais tous deux reflètent une diversité dont le pays peut se sentir fier. 

 

« Nous autres Français avons encore trop tendance à considérer que notre culture est à prendre ou à laisser. Nous sommes trop dans une démarche unilatérale de l'offre que nous absolutisons volontiers. Quitte à méconnaître la demande. Quitte à mésestimer la diversité. Quitte à nous considérer comme l'unique rempart contre la mondialisation. Cela est dû en grande partie à notre tradition jacobine », poursuit le président, soulignant là tout le paradoxe de la situation, entre « commerce intellectuel et un commerce réel ». 

 

La traduction en question

 

Dans une étude réalisée par le MOTif, présentée en avril 2010, la traduction était justement au coeur des interrogations, sur les flux livresques entre les territoires. C'était la domination américaine qui marquait : 2/3 des oeuvres traduites proviennent de l'anglais, chez nous, quand 1/5e des traductions sont issues du français aux États-Unis. Or, outre-Atlantique, le français restait la deuxième langue plus traduite. 

 

En revanche, côté production de qualité, les petites maisons américaines ont tout intérêt à trouver des auteurs français, déjà installé. « Cela leur coûte moins cher d'acheter les droits d'un auteur français, déjà installé, plutôt que d'opter pour un auteur médiocre américain, mais dont l'agent va négocier des droits hors de prix », expliquait Gisèle Sapiro, auteure de l'étude. (voir notre actualitté)