Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La place d'Espagne de Séville changée en bibliothèque géante

Nicolas Gary - 24.08.2014

Edition - International - Espagne livres - lecture Séville - journée lecture


Ce 21 août, les jeunes Espagnols étaient invités à la place d'Espagne de Séville, pour une séance de lecture collective. Plus d'un millier d'exemplaires attendaient que des lecteurs se ruent sur l'esplanade, comme un écho et un hommage. En effet, l'architecte Aníbal González, qui avait conçu cette place voilà près d'un siècle, avait pour projet d'en faire un point de rencontre culturel. 

 

Plaza de España

Jenny Audring, CC BY NC SA 2.0

 

 

L'opération a été bien menée, rapporte l'agence espagnole EFE, qui raconte comment la place est devenue cette bibliothèque publique en plein air, le temps d'une journée. En tout, ce sont 1500 exemplaires de livres, dans tous les genres littéraires, qui furent mis à disposition. Et sur tous les côtés de la place, où les étagères en céramique, bleues et jaunes, chacune correspondant à une province espagnole, s'empilaient les livres. 

 

La place d'Espagne, achevée en 1929, reste l'une des grandes attractions touristiques de Séville. Chantier qui dura une quinzaine d'années. « Aníbal González était un génie, notre Leonard [de Vinci] à nous, en avance sur son temps. Il a accordé une grande importance à la connaissance, et à la culture en général », explique l'éditeur de la maison Punto Rojo, Iván Parrilla.

 

Alors que le taux d'alphabétisation en Espagne était le plus bas d'Europe, voilà encore un siècle, l'architecte avait eu la vision « d'une grande bibliothèque publique et en plein air, à une époque où il n'y avait pas de bibliothèques publiques », précise l'éditeur. Un centenaire qui a débuté en grande pompe, et qui veut attirer l'attention des acteurs culturels. Et tout particulièrement des éditeurs, pour les inciter à ne pas détruire leurs ouvrages, mais les offrir. Autre époque, autres mœurs...

 

Sauf que l'architecte altruiste ne pouvait pas présager de la réaction des habitants : sur les étagères qu'il avait conçues, se retrouvaient des livres rares, dans les premiers temps, et les résidants s'en sont emparé, et les ont ramenés chez eux. Les étagères furent alors rapidement désertées, et complètement vidées. 

 

Un siècle plus tard, l'initiative était donc relancée pour une seule journée, mais plusieurs acteurs à l'origine de l'opération souhaitent la pérenniser. Cette fois, les livres porteront un autocollant expliquant le projet, pour indiquer au lecteur que le livre est gratuit, mais qu'il doit revenir. « Osez collaborer, et contribuer à la croissance de la bibliothèque. » Vœu pieux, mais ô combien louable.