La plainte de Reda contre l'écrivain Edouard Louis rejetée au tribunal

Nicolas Gary - 16.04.2016

Edition - Justice - Edouard Louis - Reda Histoire violence - justice procès


La plainte déposée contre l’écrivain Edouard Louis était jugée ce 15 avril : la justice devait trancher sur le roman Histoire de la violence. L’auteur y décrivait un viol dont il fut victime, en présentant son agresseur sous le nom de Reda. Démasqué par les traces ADN, le violeur avait lancé une procédure contre l’écrivain et son éditeur, pour atteinte à la vie privée et la présomption d’innocence. 

 

 

 

Le 18 mars dernier, l’audience avait déjà montré que l’affaire ne serait pas réglée en toute simplicité. En effet, le plaignant. Le juge avait mis ses deux avocats dans une position difficile en multipliant les interrogations quant à l’identité de leur client, un peu brouillon. De Marocain, l’homme était devenu Algérien. Et son nom de Reda était passé aux initiales R.B. : pas évident à démêler.

 

Les avocats de l’écrivain avaient déjà mis en cause ce point : « Louis délivre dans son ouvrage les mêmes éléments que ceux qu’il a donnés aux policiers. Aujourd’hui encore, personne ne sait qui est Reda : dans les documents judiciaires qui nous ont été transmis, il est présenté sous trois identités différentes. »

 

En outre, les doutes sur l’identité mettaient en cause la demande même de 50.000 € de dommages-intérêts réclamés par le plaignant. Dans la foulée, il souhaitait qu’un encart accompagne les exemplaires du roman, pour signaler la décision de justice. L’avocat d’Edouard Louis, Emmanuel Pierrat, qualifiait en mars cette plainte de « grotesque », rappelant que des tests ADN avaient confirmé la compatibilité : « C’est l’ADN qui a permis de le retrouver ».

 

L’auteur et son éditeur avaient tout d’abord plaidé que la description du personnage-violeur dans le livre était relativement vague – ce que les avocats ont contesté. En recoupant les différents éléments de description, on serait arrivé, selon eux, à retrouver l’homme derrière le personnage. 

 

Pardon, mais qui êtes-vous ?

 

Au cours de l’audience du 15 avril, le président Alain Bourla n’a pas maché ses mots. En effet, rien dans les documents d’identité fournis ne permet de faire un lien entre le personnage du roman et le plaignant. Selon lui, la « copie intégrale d’un acte de naissance dressé au nom de B. né en Algérie — nom de la localité peu lisible et, au demeurant, non mentionnée dans l’assignation en référé » est insuffisante. 

 

En outre, « aucune explication n’est fournie sur la production d’un acte de naissance dressé au nom d’une personne dont l’identité était jusqu’alors inconnue de la procédure ». Mais surtout « il y a lieu de considérer que l’identité réelle du demandeur peut être considérée comme sujette à caution et justifie pleinement les légitimes interrogations formulées tant en défense que par le juge des référés à l’audience ». Les avocats du plaignant n’ont pas fourni les preuves nécessaires pour attester de l’identité de leur client.

 

La plainte sera donc tout simplement rejetée, une victoire pour les avocats d’Édouard Louis, Me Emmanuel Pierrat et Me Julien Fournier, pour qui « la liberté d’expression, mais aussi celle de communiquer au public une œuvre littéraire sans crainte de faire l’objet d’une quelconque censure, sont donc respectées entièrement ».

 

Pas de procédure abusive toutefois, mais une action déboutée en bonne et due forme. Pour Bénédicte Amblard, des éditions du Seuil, la décision de la cour a de quoi rassurer : « Cela écarte des tentations pour la suite. Soit cet homme est coupable et la démarche est cynique, soit il est innocent et la démarche est stupide », précise-t-elle à l’AFP. 

 

Pour l’heure, si les avocats du plaignant n’ont pas annoncé leur intention d’interjeter appel, ils contestent la décision finale. Ils y voient une « violation grave » attendu que l’on prête « sans discussion possible des actes criminels qu’il se défend d’avoir commis ».