Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

La plateforme Lulu accusée de couvrir un pédophile présumé

Julien Helmlinger - 20.08.2013

Edition - Société - Emily Kwissa - Am I Not - Abus


Récit d'un bannissement d'ouvrage, par un acteur majeur de l'autoédition numérique, et qui suscite l'émoi sur la toile. Emily Kwissa, 20 ans, a publié via la plateforme Lulu, un livre intitulé Am I Not, par le biais duquel elle relate les abus perpétrés par son ex-beau-père au sein de sa famille. Une revanche, tandis que médecins, juristes et autres adultes au cours de son existence refusaient d'accorder crédit à son histoire. Mais voilà que suite à une plainte de son agresseur présumé, l'ebook a été rapidement retiré du site internet sans autre forme de procès.

 

 

 

 

Au fil de ses mémoires, la jeune écrivaine raconte sa version des faits, évoquant un beau-père adepte des violences domestiques et autres abus sexuels dont Emily aurait été victime enfant, tout comme sa mère, ainsi que ses frères et soeurs. Une version corroborée par ses proches, et qui ne révèle pas la véritable identité de l'agresseur, baptisé Jacob pour l'occasion.

 

Après que sa famille se soit éloignée du beau-père, Emily a commencé à rédiger son compte rendu des violences qu'elle a vécues. Un récit si bien écrit que l'un de ses anciens professeurs de lycée l'a encouragée à le publier sur la célèbre plateforme d'autoédition. Et en moins d'un mois, l'ebook de la débutante s'est écoulé à plus d'une vingtaine d'exemplaires. 

 

Quelques semaines ont passé et la petite soeur de l'auteure a échangé des mails avec l'alter ego dudit Jacob. Si les mots de la jeune fille exprimaient des reproches quant aux mauvais traitements que la famille a subis, l'ex-beau-père a quant à lui a nié les accusations, si catégoriquement que la petite soeur énervée l'a invité à se procurer son exemplaire des mémoires d'Emily. Ce que l'intéressé a probablement fait, avant de se tourner vers la plateforme d'autoédition.

 

Une méthode de censure qui suscite la polémique

 

Trois jours plus tard à peine, l'écrivaine en herbe a reçu un mail de la part de Lulu, lui indiquant que son ouvrage était retiré de la plateforme au motif de « contenu discutable ». L'écrivaine a donc répliqué en faisant état de son incompréhension et de ce qu'elle ressentait comme une absence d'éthique de la part de Lulu. En retour, on lui assure que Lulu ne fait aucun jugement sur le bien-fondé de la plainte du beau-père, et qu'elle pouvait toujours vendre son livre ailleurs. 

 

Sur la page Facebook de l'auteure, les commentaires de soutien, furieux, ne se sont pas fait attendre. Prendre le parti du pédophile et violeur présumé, plutôt que sur celle qui se pose en victime, est largement perçu comme un encouragement à la loi du silence.

 

Suite à ce tumulte provoqué sur les réseaux, la plateforme d'autoédition a publié à son tour une déclaration publique sur sa propre page Facebook. La société se défend en arguant d'avoir des moyens limités quand il s'agit de traiter des sujets aussi controversés, et assure vouloir donner la possibilité à tous les auteurs de publier leurs ouvrages. Elle a également indiqué qu'elle retire, après examen, les contenus susceptible de véhiculer diffamation ou atteinte à la vie privée. A titre provisoire, au moins, en attente de réglement du litige.

 

Si Lulu a promis à Emily Kwissa de lui transmettre davantage d'informations à l'avenir, l'écrivaine, quant à elle, les attend toujours. Son livre reste disponible sur son site Internet personnel, et se serait écoulé à 300 exemplaires depuis son retrait de la librairie de Lulu.