La plus vieille bibliothèque du monde, créée par une femme, a rouvert ses portes

Antoine Oury - 07.07.2016

Edition - Bibliothèques - bibliothèque Al Quaraouiyine - Al Quaraouiyine architecture - Aziza Chaouni architecte


Au Maroc, la plus ancienne bibliothèque du monde, Al Quaraouiyine​, située à Fès au Maroc et fondée en 859 apr. J.-C. par Fatima El-Fihriya, a rouvert ses portes grâce au travail de l'architecte maroco-canadienne Aziza Chaouni. Cette dernière a restauré l'établissement reconnu par l'UNESCO grâce aux financements fournis par l'organisation à but non lucratif TED.

 

L'université Al Quaraouiyine​ à Fès, au Maroc (Khonsali, CC BY-SA 3.0)

 

 

La bibliothèque Al Quaraouiyine, située à Fès au Maroc, fait partie de ces joyaux patrimoniaux : fondée entre 859 et 877 apr. J.-C., selon les sources, elle fait partie d'un ensemble comprenant une mosquée et une université. Fatima El-Fihriya, surnommée Oum al Banine, originaire de Tunisie, a créé ce complexe avec sa fortune personnelle : décédée en 880, elle suscite un immense respect à Fès, qui abrite de fait une des universités les plus anciennes du monde.

 

Entre ses murs ont lu et étudié Ibn Arabi, poète mystique et philosophe du XIIe siècle, ou encore l'historien et économiste Ibn Khaldoun, au XIVe siècle.

 

La réouverture de l'établissement est effective depuis la fin du mois de mai dernier, après plus de trois ans de travaux dirigés par Aziza Chaouni, elle-même originaire de Fès. « Quand vous grandissez dans cette ville, vous êtes happé par ces architectures et ces détails », explique-t-elle. Sa tante était elle-même architecte, et son apprentissage chez l'Italien Renzo Piano lui a fait réaliser quelle architecte elle souhaitait devenir.

 

La rénovation de la bibliothèque a été pour elle l'occasion de mener un projet chargé d'histoire et de symboles : Al Quaraouiyine a représenté pendant des siècles les échanges entre le Maroc et l'Europe, et Chaouni a tenu à utiliser des technologies d'énergie renouvelable, comme des panneaux solaires et des récupérateurs d'eau. 

 

Les rénovations n'étaient pas un luxe pour cet établissement, ouvert depuis des années à un public très restreint. La bibliothèque était peu isolée, et manquait d'un système de drainage moderne, ce qui a endommagé les sols et une partie des murs, d'où sortaient parfois des fils électriques. Sans oublier les manuscrits : « Quand j'ai visité la bibliothèque pour la première fois, j'ai été choquée », explique Aziza Chaouni. « Dans des salles abritant des manuscrits du VIIe siècle, température et humidité n'étaient pas contrôlées, et les plafonds étaient complètement fissurés. »

 

 

 

L'architecte a dû trouver l'équilibre entre le respect du bâtiment et la nécessité de le transformer pour qu'il devienne à nouveau un lieu de savoir, de partage et de culture : Aziza Chaouni a particulièrement apprécié la rénovation des fontaines, et a même réalisé de nouvelles installations, à partir de matériaux récupérés sur place. D'une manière générale, Chaouni a eu recours, dès que cela fut possible, à des réalisations d'artisans locaux.

 

La nouvelle bibliothèque comprend ainsi une salle de lecture, une autre destinée aux conférences, un laboratoire de restauration de manuscrits, et une collection de livres rares, sans oublier des bureaux rénovés et un café. Un espace sera également destiné à l'accueil d'expositions, avec une collection permanente et des événements temporaires.

 

via World Bulletin, Hazlitt